Décryptage : Les 5 clips animés du mois d’avril

Chaque fin de mois, Kiblind donne la parole à l’artiste derrière l’artiste : l’illustrateur.rice chargé.e de retranscrire la musique en images. Retrouvez nos clips musicaux animés préférés de ce mois d’avril, décryptés par ceux qui les ont fabriqués.

On ne vous l’apprendra pas : l’illustration est partout. Elle a envahi nos murs, nos comptes Instagram (bon, on y est peut-être pour quelque chose), nos objets, nos vêtements, nos pochettes de disques, notre page Youtube… Et c’est bien normal, il faut dire que c’est elle la meilleure toutes catégories pour faire joliment passer des messages et provoquer des émotions. Les artistes là dessous l’ont bien compris et l’ont utilisé au service d’un autre art capital : la musique.

Voici donc la sélection de nos clips animés et illustrés chouchous du mois d’avril, décortiqués par leurs créateur.rice.s qui ont gentiment répondu à nos questions.

FRANCIS LUNG – LONESOME NO MORE

ILLUSTRATION / ANIMATION : GRANT PEACOCK (AKA KID MILK)

« Lonesome no more » est issu de l’album Miracle de Francis Lung qui sortira le 18 juin Chez Rough Trade

Salut Grant. Comment la collaboration avec Francis Lung pour ce clip s’est-elle faite ?  

C’était assez bizarre pour tout dire. Je suis ami avec Francis depuis des années maintenant car nous bossions dans un bar ensemble et on partage une passion commune pour le skate. J’ai toujours été fan de sa musique et je voulais m’essayer à l’animation depuis longtemps. Alors, en décembre, je lui ai demandé si il serait assez sympa pour m’envoyer une partie d’un de ses morceaux pour que je puisse m’entrainer à faire de l’animation. Il se trouve que Francis était en train de travailler sur son nouvel album, Miracle. Cette conversation est alors vite passée d’un petit test d’animation pour une pratique personnelle à une vraie vidéo pour un de ses morceaux, « Lonesome no more ». A cette époque et par coïncidence, nous étions les deux fraichement sobres. Cette chanson est une réponse sensible à l’expérience de Francis avec l’alcool qui résonne profondément en moi. C’était donc plus quelque chose qui s’est fait progressivement entre deux potes qui avaient l’habitude de trainer ensemble qu’un brief pur et dur. 

Comment en es-tu arrivé à l’illustration / l’animation ? 

J’ai toujours été à fond dans le dessin et comme pas mal d’enfants, j’ai grandit et j’ai commencé à m’intéresser plus au monde du skateboard. Je suis devenu obsédé par les couleurs des pubs, les stickers etc, qui vont de paire avec cette culture et je me suis dit : « c’est ce que je veux faire : je veux faire des dessins cool et un peu cons pour des skateboards ». J’ai été en école d’art puis à l’université pour enfin recevoir mon diplôme au Hereford College of Arts en 2012 en illustration. C’est assez drôle car je viens d’une famille militaire donc il n’était pas du tout heureux de cette décision au départ. Je me suis intéressé à l’animation plus tard. J’ai toujours été fan de cartoons et j’adore les séries animées telles que BoJack Horseman, Archer, Mr. Pickles, Bob’s Burgers… J’ai réalisé que Archer et BoJack étaient animés d’une façon assez simple, alors j’ai essayé de comprendre le fonctionnement. Ca m’a ensuite mené à de nombreuses heures et années de visionnages de tuto Youtube, d’études de livres puis d’utilisation d’After Effects. Je suis encore un petit nouveau dans l’animation car ça fait un moment que j’apprends, mais j’ai tout appris par moi même et donc, forcément, ça prend du temps. 

Comment as-tu travaillé concrètement sur cette vidéo ? 

Après plusieurs conversations en ligne et quelques allers-retours, Francis m’a donné une idée précise de la narration qu’il voulait pour le clip. Initialement, il avait l’idée de combiner un personnage animé à des prises de vue réelles tournées autour de Manchester, « un peu comme Roger Rabbit ». C’était aussi pour me faciliter la vie car il était très conscient de la quantité de travail et de dessins nécessaires pour faire un clip entièrement animé. Mais comme la météo à Manchester était terrible et comme je n’arrivais pas trop à me rendre compte de ce que nécessitait un travail comme celui là, on s’est dit qu’on allait partir seulement sur de l’illustration. Et je pense que ça fonctionne plutôt bien. Francis avait alors l’habitude de venir chez moi où on s’asseyait dans la cuisine, en buvant du café et en évoquant des idées de storyboards. Après quelques visites comme celles-ci, on a commencé à vraiment savoir ce qu’on voulait pour cette vidéo. J’ai du d’abord dessiner tous les décors et les différents plans, ce qui me faisait un peu peur comme je n’avais jamais vraiment fait d’animation. On ne s’était pas vu pendant un long moment avant ce projet, donc c’était très spécial de se retrouver dans ce contexte. 

Comment la musique, les paroles sont elles liées à l’animation ici? 

La narration est très simple. Un musicien est assis sur son lit et chante devant un public uniquement composé de jouets, en rêvant qu’il joue sur une vraie scène. Evidemment, avec la pandémie, la période est très bizarre, floue, stressante et incertaine pour n’importe quel musicien. Frustré, le personnage se résout à quitter sa maison pour se rendre au magasin d’alcool local, le « Booze Corner » (qui est en fait un vrai lieu, près d’où nous vivons) où il se prend une bière et noie son chagrin. Après tout, nous ne sommes que des humains, et c’est une solution facile, non ? Après une marche sympa dans le parc et beaucoup d’introspection, le personnage se rend compte qu’il n’a finalement pas besoin de cette bière et que tout ce qu’il veut, c’est écrire et jouer de la musique, ce qui est sa passion, qui le rend heureux, et surtout, dont il a besoin. Voilà de quoi parle cette chanson, surmonter la dépendance à l’alcool pour être heureux, avec des paroles qui reflète aussi le penchant humain à vouloir enterrer sa solitude pour le meilleur ou pour le pire, le combat éternel entre l’autodestruction et le besoin vital de se reprendre en main. 

Quel serait ton projet de rêve en animation ? 

Mon projet de rêve serait de pouvoir réaliser mon propre cartoon, et je suis justement en train de bosser là dessus. J’ai imaginé les personnages et l’univers depuis un bail maintenant, et je suis quasiment prêt à envoyer les idées finalisées à mon ami très talentueux, Joey. De toute évidence, la série animée que vous voyez à la télé a l’air très courte et simple, mais il y a beaucoup d’artistes et d’animateurs derrière, alors que mon équipe n’est composée que de moi même. J’ai la chance, par contre, d’avoir un réseau d’amis illustrateurs et de graphistes très doués autour de moi, qui veulent m’aider. Quand il sera temps, j’aimerais les embarquer avec moi et je croise les doigts, pour qu’un jour, les gens puissent voir mon cartoon. 

HEIMAT – ITA

ILLUSTRATION / ANIMATION : VALFRET ASPERATUS

« Ita » est un des morceaux de l’album Zwei de Heimat à sortir le 7 mai via Teenage Menopause et Cry Baby

Salut Valfret, tu es avant tout dessinateur. Peux-tu nous parler de tes multiples casquettes et projets artistiques ? 

Effectivement, le dessin est la pierre angulaire de tout un tas d’activités artistiques différentes et complémentaires depuis une quinzaine d’années. La crainte de l’ennui fait claudiquer de l’une à l’autre. J’ai commencé par une bande dessinée éditée chez Les Requins Marteaux, enchaîné avec pas mal de graphzines de dessin chez des éditeurs différents comme Re:surgo, le Dernier Cri etc. J’ai fait du dessin de presse et de l’illu chez Fakir, Article 11, Mon Lapin Quotidien etc . J’ai fait des pochettes d’albums, des affiches de concerts. On a monté une structure de microédition Kaput avec 2 amis. On organise aussi des expos. Pendant 6 ans, j’ai animé un atelier de dessin et gravure dans une institution d’accueil pour personnes polyhandicapées. Là, on a travaillé avec le même éclectisme  : illus, films en stop motion, auto-éditions, poupées en textiles gravés, expos dans des institutions culturelles, collabs avec des éditeurs externes chouettes  : une Tranchée Racine chez United Dead Artist, un livre à paraître au Dernier Cri. 

En début d’année j’ai sorti un livre de peintures au Fremok, et là je planche toujours pour le Fremok sur un gros projet de bande dessinée qui parle d’adolescence et d’effondrement. Et puis un dernier livre sortira chez IMAGE(s). J’écris «  dernier  » car j’ai pris la décision d’arrêter l’édition après. C’est un choix de vie. Je souhaite avoir du temps pour apprendre des choses importantes comme  faire pousser des légumes : je commence à filer un coup de main chez un maraîcher. Je me relis et ça ressemble à un grand chemin de traverse tout ça.

Qu’est-ce que ce morceau d’Heimat t’as inspiré à la première écoute ?  

Olivier de Heimat m’a envoyé tout le mastering de l’album. J’avais le choix du morceau à cliper. Quand les premières notes d’ « Ita » ont joué, ça s’est fixé tout de suite dans mon esprit, c’était puissant, dense, ça ressemblait à une musique qui venait de partout, du sol, des roches, des arbres, du ciel, des insectes, des nébuleuses cosmiques… En sus de ce rythme acharné, féroce et ces sons presque indus, la voix d’Armelle est apparue ; intense, rauque et voltigeuse. Le morceau n’a pas suscité d’images précises, par contre, j’ai ressenti une pulsation.

Comment as-tu fabriqué ce clip de la première idée à la version finale ?  

Il y a quelques années, j’avais réalisé un premier clip avec mon compère Remy Benjamin (qui s’occupe du montage). Déjà en stop motion, en travaillant sur des boucles et surtout avec une technique de dessin particulière, qui dans le rendu donne cet effet de halo lumineux   vibrionnant : on croirait presque un éclairage au néon. Au sortir de ce clip, j’avais envie de retenter une expérience d’animation en synthétisant plus le dessin et en travaillant sur des paysages sans êtres humains mais rien de plus précis, c’était une genre de promesse flou en direction du futur. Et le track « Ita » est arrivé dans mes oreilles…Donc le clip est un assemblage conjoncturel, il est le résultat d’une accrétion de désirs (techniques et artistiques) présents avant la découverte du morceau et d’idées nées de ses écoutes répétées . 

Durant la première partie du travail, j’ai procédé de manière nébuleuse et intuitive. J’ai réalisé des boucles de paysages tout de suite « au propre » sans avoir ni écrit ni story-boardé auparavant. En déroulant le fil qui faisait apparaître chaque boucle les unes après les autres, d’autres éléments sont arrivés. Avec Remy, on s’est dit qu’on allait organiser le récit au moment du montage (ce qui fut le cas, ça a toujours le goût du miraculeux) et toute la trame est arrivée en plusieurs jours de travail.

Peux-tu nous dire avec tes propres mots ce qu’il raconte ?  

Ce clip c’est, comme l’a néologisé le transcripteur en live d’un discours de Macron, «  le Foutur  ». C’est un récit poétique sur les effondrements en cours et à venir.  Qu’ils soient politiques, biologiques, économiques. Les paysages montrent des zones désertiques sur lesquelles trônent des architectures industrielles fonctionnant à vide. On croirait à un monde ensorcelé. Les êtres vivants humains et non humains ont disparus à l’exception d’un papillon qui est portée par la voix d’Armelle et qui fait rejaillir des récits de lutte. 

Quelles sont tes inspirations au quotidien lorsque tu dessines ? 

Quand je dessine, de la musique se balade très souvent dans le décor,  beaucoup de musiques même  : De Anouard Brahem à Marin marais, en passant par Beak, Sourdure, la Tène, Heimat etc etc.  D’un point de vue du sujet, en ce moment, je réalise d’un coté, beaucoup de paysages intérieurs et de l’autre, des dessins d’observation. 

Quel est ton clip préféré au monde ? Et l’artiste dont tu n’arrives pas à te défaire ?  

Oh bah mince, je n’ai pas de clip préféré au monde. D’ailleurs pour être honnête, je ne regarde pas trop les clips. Mon fils de 10 ans oui , mais lui il kiffe les clips de hip hop. La musique qui ne me quitte pas c’est l’album Do den haag church du groupe France. Elle ne me quitte pas au sens propre comme au figuré: parce que d’une part, j’ai passé des heures et des jours à dessiner dessus (c’est une expérience à faire) et puis d’autre part, parce que je me paie des acouphènes depuis leur concert de septembre passé à Bruxelles (oui, il y a eu un trou hors covid à ce moment là).  

PHILIPPE COHEN SOLAL & MIKE LINDSAY – Onward In The Fight

« Onward In The Fight » est un morceau issu de l’album Outsider de Philippe Cohen Solal & Mike Lindsay sorti chez ¡YA BASTA! Records.

ILLUSTRATION / ANIMATION : GABRIEL JACQUEL

Salut Gabriel, le clip que tu as réalisé pour Philippe Cohen Solal & Mike Lindsay est un véritable film d’animation. Peux-tu nous parler de ton parcours en tant qu’animateur ?

Je viens d’une région (les Hauts de France) où l’animation a une place importante. La formation au cinéma d’animation que j’ai suivie est l’une des seules qui est publique : le DMA cinéma d’animation de l’école de l’ESAAT., une école dans laquelle j’enseigne depuis plus de quinze ans maintenant. Juste après l’obtention de mon diplôme, j’ai travaillé directement dans le court-métrage en collaborant avec la boîte de production Les Films Du Nord. J’ai donc participé pendant six ans à une multitude de court-métrage d’auteur (Le Portefeuille, Signes de vie, Chahut, …). Chaque film ayant sa technique différente : crayon, fusain, encre, …
Ensuite, j’ai co-fondé un studio d’animation : le Studio Train Train. Une aventure qui dura (pour ma part) douze ans, autant d’années de films d’animations aux techniques encore plus variées : papier découpé numérique, 3D,  image par image sur tablette… J’ai pu ainsi travailler avec des grands noms de l’animation comme Franck Dion, Jonathan Hodgson, Jean-François Laguionie
Récemment j’ai rejoint un ami, Nicolas Dufresne (développeur du plug-in Duik), chez Rainbox Productions. Une coopérative qui nous permet de montrer une autre organisation possible de l’entreprise et du travail, où l’émancipation, la démocratie, l’épanouissement, la solidarité et le partage sont au cœur de nos préoccupations. J’y développe mon nouveau film Pylône, un 26 minutes qui conte les mésaventures nocturnes d’un chaton coincé dehors. En parallèle à cela, j’ai rejoint l’association Noranim, qui a pour but de défendre l’animation et ceux qui la fabrique dans le Nord de la France. J’en suis l’actuel président.

Quels ont été les court-métrages / vidéos d’animation marquant(e)s dans ta carrière et pourquoi ?


J’ai beaucoup aimé et appris en travaillant sur les films d’autres réalisateurs. Mais si on parle de mes réalisations, alors le plus marquant reste mon premier film, Recto Verso. C’était mon projet de fin d’étude de DMA. Pas d’histoire mais plus des jeux graphiques en noir et blanc. Pas de dialogues mais des instruments qui parlent pour mes personnages. Une animation débridée qui va parfaitement bien avec la folie de la musique manouche. La rencontre du noir et du blanc, du diable et de dieu dans un conflit graphique perpétuel. Une sorte de strip animé. Plus tard j’ai essayé d’en faire une série animée dont j’ai écrit une dizaine de scénarios avec une amie Mélanie Duval (scénariste entre autre de Ladybug).
Finalement, il en restera trois épisodes pilotes et un autre court métrage, Les démons de Ludwig, qui met en scène les deux personnages noir et blanc perturbant une représentation de Beethoven.
Le second serait mon prochain film Pylône. Même si il est encore en phase d’écriture, il s’inscrit dans un moment de ma vie où beaucoup de choses ont changé et il me permet d’avancer. Je me suis toujours demandé ce que mes chats pouvaient faire pendant leurs virées nocturnes… Je me suis laissé aller au jeu et c’est devenu un conte fantastique. Et c’est la première « histoire » que j’écrit.

Avais-tu une totale liberté de création pour le clip de « Onward in the Fight » ?  


Plutôt oui ! En fait à l’origine, Philippe avait fait appel à moi pour faire des animations pour la scénographie de son futur concert. En écoutant l’album et en découvrant les oeuvres de Darger, je me suis fais happer par cet univers et cette musique. Je suis revenu deux jours après notre rencontre, avec sept storyboards et des tests d’animations. Je voulais en faire des films d’animation. À partir de là, Philippe Cohen Solal et Pascal Gary m’ont laissé carte blanche sur la création de film illustrant plusieurs morceaux de l’album Outsider. Ils étaient toujours là en temps que directeur artistique de l’album. Avec une confiance totale de leur part, et je les en remercie.
Ainsi, j’ai pu proposer un format carré pour « Scattering » ou encore mettre en scène des choses qui ne se voient pas dans « Bring them in ». Pour « Onward in the Fight », mon idée fut tout de suite retenue. Il voulaient juste ajouter un côté générique de long-métrage au clip. C’est pour cela que nos sommes parti sur un hommage au générique d’introduction de Gone with the Wind

Peux-tu nous dire quelle(s) technique(s) as-tu utilisé ici et quels ont été les grandes étapes de conception?


J’ai immédiatement associé le travail plastique d’Henry Darger à certaines peintures japonaises comme Scènes dans et autour de Kyoto par l’aspect fourmillant de détails, ainsi que l’exploitation du format horizontal, qui crée une sensation de vision panoramique… Dans les oeuvres d’Henry Darger, on constate la présence récurrente de créatures fantastiques, tel un bestiaire de yokaï. J’ai très vite proposé un storyboard montrant cette chevauchée. Mon animatique comprenait des séquences vidéos en slow motion d’un cheval au galop. Je voulais absolument rester fidèle à l’oeuvre de Darger. C’est ainsi que je fus amené à remettre en question mon processus de conception graphique et technique. Afin de parvenir à un résultat plus spontané, dans le but de s’éloigner des automatismes acquis depuis le début de ma carrière de réalisateur-animateur. Cela pouvait être par exemple : dessiner sans gomme, laisser libre cours au crayon à l’instar de l’écriture automatique, accepter les déformations involontaires…
Pour se faire, j’ai utilisé le logiciel d’animation TV Paint. J’y ai créé des brosses spécifiques reproduisant le trait crayonné et la peinture aquarelle. Ensuite, j’ai photographié des tâches d’encres, des coulures, des grains de papier pour salir le rendu qui était encore trop « numérique ». L’idée était de reproduire le tableau à l’identique. Ensuite, pour reproduire le mode de création de Darger (qui dessinait par dessus des photos), je me suis servi d’une technique d’animation appelé « rotoscopie ». Cette technique utilise une vidéo en référence redessinée image par image. C’est le galop de Agro, un cheval tiré du jeu Shadow of The Colossus qui me servit de support.

Que raconte t’il ? 

« Onward in the Fight » raconte la cavalcade d’une enfant face à une armée
d’adultes. C’est le calme avant la tempête. Contemplatif, ce clip est fabriqué en CinémaScope. C’est un format idéal pour mettre en valeur les décors, et le rappel des « westerns » que le tableau évoque avec ses nombreux chevaux.
Il fait écho au cyclorama peint par le français Paul Philippoteaux, en 1883, « La bataille de Gettysburg » et renvoie directement à la « Bataille de Calverhine » de Darger. Le clip est l’introduction de l’histoire racontée dans le tableau. C’est le contraste entre la poésie des images que nous imaginons en regardant les nuages et la réalité de l’horreur de la guerre.

Comment t’es-tu imprégnée de la musique de  Philippe Cohen Solal & Mike Lindsay pour le réaliser ?

J’écoutais la musique de l’album Outsider tout en parcourant des yeux les paysages des tableaux du peintre. Je fus transporté dans son univers ; les Blengins prenaient leur envol, les herbes dansaient dans le vent, les points et autres signes graphiques se mettaient à clignoter.
« Onward in the Fight » est une musique plutôt lente alors que le tableau montre une scène d’action. L’animation exposée à 4 (du 6 images par seconde) du clip répond au rythme de la musique.

COUR DE RÉCRÉ – AGATHE AGATHE

« Agathe Agathe » de Cour de Récré est un des morceaux issu d’un album à paraitre chez Elefant Records

ILLUSTRATION / ANIMATION : ANTOINE JOSSET

Salut Antoine, tu fais quoi dans la vie ? 

Salut ! J’habite à Strasbourg dans un appartement bizarre et hanté et je fais compulsivement des vidéos, de la musique eurodance et des jeux vidéo. J’aime créer avec humour des univers visuels à la fois glauque et mignon.

Comment en es-tu venu à la 3D et à l’animation ? 

J’ai commencé l’animation à la main, image par image, quand j’étais au lycée, mais le passage à la 3D s’est fait pendant mes études aux arts déco de Strasbourg (la HEAR).  Je voulais retrouver l’ambiance des jeux auxquels je jouais, plus jeune, sur la PS1 et ensuite la PS2, alors je m’y suis mis en suivant des tutoriels sur YouTube et grâce à l’aide d’un étudiant de la HEAR, Florian Veltman. J’y ai trouvé l’opportunité de créer de toutes pièces un univers, des décors et des personnages qui matérialisent mon imaginaire et mes fantasmes. J’ai commencé avec le logiciel Blender, puis sur Unity pour les choses interactives et le code.

Avais-tu champs libre pour la réalisation de ce clip de Cour de Récré ? 

Oui, j’étais vraiment libre, ce qui est une chance parce que ça m’a permis de proposer une histoire originale, un décor et une esthétique proches de ce que je crée habituellement, tout en trouvant une cohérence avec l’univers de Cour de Récré, et avec ce qu’ils voulaient transmettre avec cette chanson. J’ai l’habitude de mettre en scène mon alter-ego virtuel dans des univers parallèles en 3D, donc l’idée m’est venu de poursuivre ce processus avec les trois membres de Cour de Récré. De là, nous est venue l’idée d’un clip qui rappellerait les jeux vidéo des années 90 pour correspondre au côté retro du morceau. On était surtout influencés par les jeux en FMV, c’est-à-dire avec des acteurs filmés en prise de vue réelle, incrustés de manière un peu bancale dans des décors en 3D, assez populaire dans les années 90.

Peux-tu nous décrire les différentes étapes de travail pour arriver au clip final ? 

D’abord, j’ai fait un dossier pour présenter l’idée du clip à Elefant Records, donc ça a pris la forme d’un scénario si on veut, avec un moodboard et mes intentions, ensuite, j’ai fait un storyboard pour avoir une idée de ce qu’il me faudrait comme plans. Le plus compliqué a été la modélisation 3D des membres du groupe. Je suis parti de photos qu’ils m’ont envoyées, que j’ai ensuite projetées sur des modèles 3D que j’avais réalisé sur le logiciel Make Human. Ensuite, j’ai commencé la mise en scène de la pièce en partant de meubles en 3D que j’ai remodelés à ma manière pour obtenir un univers très kitsch. Chaque étape était accompagnée du rythme de la chanson « Agathe, Agathe » : c’était vraiment le point de départ de la trame narrative et du mouvement de mes images. Les pas de danse correspondent à des mouvements de vrais danseurs trouvés sur internet dont j’ai récupéré les articulations et mouvements pour les coller sur les modèles 3D des membres du groupe. Initialement, je pensais faire un clip inspiré du Cluedo, mais cet aspect a disparu pour laisser place à quelque chose de plus mystique. J’ai fait le montage et l’étalonnage sur Premiere.

Dans ce clip, on sent des influences vaporwave mais aussi cyperpunk, où puises-tu tes inspirations artistiques ? 

Pour l’univers de ce clip, j’ai en effet puisé dans ce genre d’influences, en intégrant aussi de nombreuses touches de mon propre univers qui est lui-même composé de références éclectiques. J’aime m’inspirer autant d’artistes de jeux vidéo, de musique et de films. Par exemple, mon jeu préféré est Silent Hill 2, sorti en 2001, auquel j’ai commencé à jouer dès sa sortie quand j’étais vraiment jeune. C’est sans doute l’œuvre qui m’a le plus influencé en général, je commence à connaître le jeu par cœur maintenant. Je cherche aussi à m’inspirer du talent et de la poésie des équipes d’Hideo Kojima, notamment de son dernier jeu Death Stranding. Pour la musique, je pense que Gigi d’Agostino m’accompagne un peu partout où je vais. Pour l’aspect organique, le malaise et l’érotisme bizarre ,je suis influencé par Cronenberg, mais aussi Carpenter avec son film The Thing

Peux-tu nous parler de quelques projets marquants que tu as pu réaliser en illustration / animation jusqu’à présent ? 

Un projet fondateur pour moi qui m’a vraiment permis d’affirmer autant mon regard de vidéaste que celui de créateur de jeux vidéo, et dans lequel j’ai aussi intégré ma musique, c’est La Morsure de l’œil, un moyen métrage réalisé au Viêtnam en 2017 avec Chloé Bertron. Il est disponible sur Vimeo à cette adresse : https://vimeo.com/252890001.
Un autre projet en cours depuis maintenant plus d’un an, c’est « Antony No Limit », qui est un mélange de musique eurodance dont les textes sont tristes, et de vidéos que je réalise. Ce projet me permet de développer en profondeur ces univers glauques et kitsch dans lesquels je me mets en scène. Je sors d’ailleurs un clip sur le label Du Cœur Records dans quelques semaines, dans lequel on pourra voir mon alter-ego 3D sous sa forme féminine.

HIPPIE HOURRAH – FANTÔME

« Fantôme » est un des morceaux du groupe Hippie Hourrah sorti sur le label Simone Records

RÉALISATION / ILLUSTRATION : J. DESJARDINS


Peux-tu nous parler de ton parcours : comment en es-tu arrivé à l’animation ? 

À l’école de design, j’ai pris un cours d’introduction à l’animation sans trop savoir à quoi m’attendre. Je regardais déjà pieusement des dessins animés tous les matins, alors je me suis dit que ce cours pourrait être amusant. C’est mon prof, Jean-Philippe Fauteux, qui m’a donné la piqûre. C’est un vieux de la vieille qui adore les trucs du genre Fantasia et les films de Norman Mclaren. C’est un type de l’ancienne école, un vrai passionné et un prof allumé. J’en ai tiré beaucoup d’enseignements. À la fin de ce cours, on devait faire notre première animation traditionnelle. J’avais fait un film bidon qui raconte l’histoire d’un vermisseau ensorcelant un homme qui voulait manger la pomme dans laquelle il vit. Aussi bête que cela semble être, j’étais totalement stupéfait du résultat et de voir des dessins s’animer, avec du son et une histoire, c’était le pied.

Quel a été le brief pour ce clip ?

Lorsque j’ai rencontré Hippie Hourrah, le leader du groupe m’a montré un médaillon qu’il portait au cou. Sur le pendentif, il y avait un soleil avec un œil au centre. Il me racontait que les membres de son groupe en portent tous un et que ce type d’imagerie occulte les branche pas mal. J’adore ce genre de babioles ésotériques, ce qui explique les tonalités du clip.  Comme j’aimais la chanson et que j’avais envie depuis un moment de faire un conte de fantôme psychédélique, un déclic mystique s’est produit. 

Peux-tu nous raconter les différentes étapes de conception du clip ? 

Comme on voulait un clip à la fois occulte et cosmique, j’ai décidé d’écrire le scénario dans les bois, le soir du 28 mars dernier. Dans la pénombre, il faisait froid et humide. Il y subsistait néanmoins encore assez de lumière pour gribouiller quelques dessins sommaires. À ce moment-là, la lune était pleine et pourvue d’un éclat rosé dû au soleil qui lui jetait ses derniers rayons de lumière sur sa surface luisante. Je trouvais que c’était un moment insolite, entre le coucher du soleil et la tombée de la nuit, lorsque les deux astres se retrouvent simultanément dans le ciel. Cela m’a permis de bien me mettre en phase avec cette thématique et à l’animateur du clip et moi de concevoir rapidement ce voyage hallucinatoire spectral.

Comment arrives-tu à lier concrètement musique et visuel ici ? 

Puisque je ne suis pas musicien, pour moi c’est plus une question d’atmosphère et d’émotions. Tant qu’on comprend l’artiste, on peut apporter une dimension supplémentaire à la musique. 

Quels sont les clips / films d’animation qui t’ont marqué jusqu’à présent ?

Ce qui m’a marqué jusqu’à présent c’est les films et les séries à la télé dont je me régalais lorsque j’étais enfant. Enchaîner les émissions les unes après les autres. Des séries comme Hey Arnold, Johnny Bravo, Duckman ou encore des films comme The Nightmare Before Christmas, The Iron Giant. C’est une époque bourrée de couleurs, d’émotions et de techniques différentes. C’était cool.

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