Illustratrice, animatrice et musicienne, Margaux Jaudinaud signe l’identité visuelle de l’édition 2026 du toujours aussi fabuleux festival Hors Pistes.
Chaque année, le festival Hors Pistes explore de nouvelles contrées musicales. En 2026, et grâce à une identité visuelle signée Margaux Jaudinaud, c’est carrément dans un autre espace temps que le festival annécien nous projette. Inspirée par les façades et les canaux de la vieille ville, l’illustratrice et musicienne plante un décor médiéval dans l’affiche du festival, nous invitant à l’aventure. Car c’est bien de cela dont il s’agit, Hors Pistes accueillera 20 groupes à la pointe de l’avant-garde dont Vera Daisies, Angine de poitrine et Ne rangez pas les jardins du mardi 17 au dimanche 22 février 2026. Il investira à cette occasion pas moins de 11 lieux insolites dispersés à travers la ville et proposera une programmation en partie gratuite.
On a profité de cette occasion pour poser quelques questions à la très prolifique Margaux Jaudinaud qui a le super pouvoir de jongler avec des guitares et des tubes de peinture à longueur de journée.

Hello Margaux, peux-tu te présenter ?
Hello, Je m’appelle Margaux, j’ai 29 ans et je vis à Paris. Originaire d’un petit village au sud de Lyon, je suis musicienne et chanteuse sous le nom de Vera Daisies, et j’accompagne également d’autres artistes à la guitare (notamment en tournée avec Billie). Je suis par ailleurs illustratrice et réalisatrice ! Je fais surtout des affiches et des clips en animation ! Je développe aujourd’hui ces deux activités en parallèle.
Tu as réalisé l’affiche de l’édition 2026 du festival Hors Pistes. Peux-tu nous en parler ?
La première fois que je suis venue à Annecy, c’était pour voir le concert de Slift au Brise Glace. Je suis restée le lendemain et j’ai trouvé la ville vraiment très belle et inspirante. Pour l’affiche de Hors Pistes, j’ai eu envie de partir de ce ressenti très fort lié à la vieille ville, avec ses canaux, ses façades anciennes et son côté presque hors du temps, qui a quelque chose de médiéval ! Ce qui me fait penser à un décor de conte ou de fantasy. Et puis il y a aussi les paysages autour : le lac, les montagnes, qui évoquent vraiment l’aventure et le voyage, et qui nourrissent le même imaginaire.
Mon idée n’était pas de faire une représentation réaliste d’Annecy, mais plutôt une version un peu rêvée de la ville, en mélangeant des références historiques avec quelque chose de plus imaginaire, et de l’amener dans mon style, que je décrirais comme naïf, fun et vibrant ! Je me suis aussi amusée à imaginer des personnages comme cette cavalière, ou ce sorcier des nuages… Et j’ai presque envie de les voir évoluer dans un dessin animé à la « Adventure Time » !

La musique et l’illustration sont deux disciplines étroitement liées dans ton travail. Comment s’articulent-elles ?
Je dirais qu’elles sont vraiment complémentaires, et que je ne pourrais pas me séparer de l’une au profit de l’autre. Ce sont deux passions très différentes : l’une est plus solitaire et calme, l’autre plus collective et bruyante. Le dessin me permet de me retirer du brouhaha de la musique, de me recentrer, et inversement la musique me permet de sortir de la solitude du dessin.
J’ai mis du temps à comprendre que les deux processus de création étaient en fait très liés. Dans mon projet par exemple, le fait de faire aussi l’illustration m’aide à aller au bout de mes idées, à les pousser plus loin. J’ai l’impression de pouvoir montrer quelque chose qui m’appartient vraiment à 100 %, à la fois dans le son et dans l’image.

Peux-tu nous parler de 3 de tes projets en illustration qui ont été particulièrement marquants pour toi ?
Le premier, c’était un clip en animation pour mon ancien groupe Ottis Coeur (RIP). C’était un vrai cadeau d’adieu. Le projet a été assez difficile et éprouvant à finaliser, mais quelques mois après sa sortie en 2025, j’ai appris qu’il avait été sélectionné pour être diffusé dans un festival national d’animation. J’ai eu la chance de le visionner dans un cinéma, devant un public, et c’était vraiment un moment incroyable, presque irréel !
Le deuxième, c’est No Friends No Pain, le deuxième album de Johnnie Carwash. J’ai illustré et peint la pochette entièrement à l’acrylique, loin des ordinateurs. C’était un vrai bonheur de travailler sur ce projet, de créer non seulement la pochette principale mais aussi toutes les pochettes de singles, que j’ai imaginées comme un petit jeu graphique cohérent. Ce travail m’a rappelé le plaisir simple de peindre et de créer avec mes mains. (Et d’écouter un max de podcasts)

Et encore avec Johnnie Carwash, un autre projet marquant a été la création des visuels pour leur concert aux Vieilles Charrues. J’avais à disposition un écran LED géant de 10 m par 5 m sur scène, et j’ai réalisé des animations pour chaque titre, que je pouvais contrôler depuis la régie. J’ai appris énormément sur la synchronisation visuelle et l’adaptation des images au live, et j’ai adoré cette expérience immersive, où mon travail était directement vécu par le public.

Quelles sont tes plus grosses influences en matière d’illustration et de design graphique ?
Marjane Satrapi, avec Persepolis, a été un vrai déclic pour moi. Je me suis rendu compte que j’étais très sensible aux films d’animation et à la narration graphique qui raconte une histoire personnelle. Je m’inspire aussi énormément des souvenirs que j’ai des années 90 et 2000 : la pop culture, les films, les clips, les dessins animés… Tout ce qui fait vibrer mon imaginaire d’enfant et que je retravaille à ma manière dans mes projets.

Qu’est-ce que le passage de l’image fixe à l’image animée a changé à ta manière de travailler ?
Ça a complètement changé ma façon de réfléchir avant même de commencer une illustration. Je me pose beaucoup plus de questions sur la modularité de mes images, pour que chaque élément soit facile à animer ou à corriger. Si je travaille en digital, mon organisation de fichiers est beaucoup plus rigoureuse, et je pense dès le départ à comment mes illustrations pourront évoluer dans le temps. Cette approche m’a fait gagner énormément de temps et m’a permis d’explorer de nouvelles formes d’expression visuelle.

