[Animation] #7 – Carte Blanche MECAL 2/2

Pourquoi diable de l’animation ? Pour plein de raisons en fait : 1.parce qu’on adore l’animation 2. parce que l’animation c’est un peu comme de l’illustration, mais en mouvement 3. parce qu’il y a tellement de pépites inconnues qu’on ne peut décemment pas garder ça pour nous.

Suite de la carte blanche donnée à Roberto Barrueco, le directeur du Mecal Festival international de courts-métrages et d’animation de Barcelone. Cinq nouveaux films, avec des renards, de la laine vierge, des valises bien ficelées, des paillassons et de l’amour, évidemment.


❥ MANIVALD
[ADULTES]
Chintis Lundgren
13’ / 2017 / Animation 2D / Loup touche touche / Estonie
Chintis Lundgreni Animatsioonistuudio /Adriatic Animation / NFB – National Film Board of Canada

Topo : Manivald est un renard de 33 ans. Sur-dimplomé, sans emploi et généralement sans inspiration, il vit avec sa mère castratrice et passe ses journées à apprendre le piano pendant qu’elle prépare son café et lave ses chaussettes. Une vie facile, mais pas très épanouissante. Cette codépendance malsaine est sur le point de changer lorsque la machine à laver tombe en panne et qu’arrive Toomas, un loup sexy et aventureux, pour tenter de réparer la machine et le couple fusionnel.

Voici comment se présente elle-même Chintis Lundgren : « réalisatrice de films d’animation estonienne qui vit actuellement en Croatie et qui dessine principalement des oiseaux et des lapins ivres. » Quelques mots simples qui la rendent immédiatement sympathique.
Autodidacte, elle s’est forgée un style à la hauteur de son caractère très ironique : léger et absurde, en apparence, mais qui cache en réalité une profonde réflexion. Comme dans les fables ; ce qui explique sans doute son attrait pour les protagonistes animaux et les caractères anthropomorphiques. Certains sont d’ailleurs des acteurs récurrents de ses scenarios, comme le loup Toomas et le renard Manivald. Ce dernier justement, personnage éponyme du film de ce jour, cristallise comme dans toutes relations entre la créature et son créateur, un peu de ce qu’est la réalisatrice et un peu de ce qu’elle n’est pas. Une vision à laquelle la critique n’aura pas été indifférente, puisque Manivald a été récompensé aux quatre coins du globe (Sundance, Animafest Zagreb, Hiroshima, Ottawa, etc.).
Pour entretenir son joyeux bestiaire, Chintis Lundgren a créé dès 2011 son propre studio d’animation, Chintis Lundgreni Animatsioonistuudio, puis quelques années plus tard Adriatic Animation en Croatie.


❥ OH WILLY…
Emma De Swaef et Marc James Roels
16’40 / 2011 / Animation 3D / Nostalgie nudiste / France – Belgique – Pays-Bas
Beast Animation/Polaris Film Production & Finance /Vivement Lundi !/il Luster Films

Topo : À la mort de sa mère, Willy retourne dans la communauté de naturistes où il a grandi. Mélancolique face à ses souvenirs, Willy décide de fuir dans la nature où il trouve la protection maternelle d’une grosse bête velue.

Emma De Swaef et Marc James Roels forment un duo de réalisateurs belge basé à Anvers. Elle, c’est la texture, et particulièrement la laine, qui l’accompagne depuis son film de fin d’études, Zachte Planten ; lui, il se distingue par un cinéma dérangeant et déroutant, fait de situations qui ne mettent pas forcément à l’aise, à l’image de son si grinçant Mompelaar. Et l’union de ses deux univers si différents sur le papier a donné naissance à l’incroyable Oh Willy… Une histoire simple et complexe, mélancolique et onirique, touchante, abreuvée par un patient et minutieux travail de mise en scène et de composition scénographique. De quoi rafler plus de 80 prix dans les plus prestigieuses compétitions. Et d’ailleurs leur dernier film, Ce magnifique gâteau, a fait partie du carré final des nominés aux derniers Césars.


❥ NEGATIVE SPACE
Max Porter et Ru Kuwahata
5’30 / 2017 / Stop motion / Bien rangé / France
Nidia Santiago & Edwina Liard

Topo : Basé sur un poème de Ron Koertge en 150 mots, Negative Space décrit la relation entre un père et son fils à travers l’art de bien préparer sa valise.

Max Porter et Ru Kuwahata réalisent ensemble des courts-métrages d’animation, depuis la ville de Providence aux États-Unis. Ils ont fondé leur propre studio il y a une dizaine d’année, Tiny Inventions, avec lequel ils ont signé pas mal de films courts, de clips, de publicités et de bédés.
À la lecture du poème de Ron Koertge, Ru Kuwahata s’est sentie profondément touchée par le personnage principal. Son père à elle était pilote de ligne, et par conséquent toujours en déplacement. L’un des souvenirs les plus marquants de son enfance, c’est cette liste de voyage qu’il épinglait toujours au-dessus de son bureau pour ne rien oublier d’emmener dans sa valise. Avec Max Porter, ils ont à leur tour fait leur liste des souvenirs d’enfance, des objets inutiles et des moments de banalités, pour décrire ces petites choses qui occupent la plus grande place de la vie. Et au passage, ils ont emporté dans leurs bagages près de 150 prix internationaux. Quasiment un par mot du poème de Ron Koertge, uh uh !


❥ EL EMPLEO (L’EMPLOYÉ)
Santiago Grasso et Patricio Plaza
6’30 / 2008 / 2D et 3D numérique / La Stratégie de l’échec / Argentine
Opusbou

Topo : Un matin banal dans une ville quelconque, un homme se prépare à partir travailler. Dans le décor, toutes les machines et objets du quotidien sont remplacés par des êtres humains.

Santiago « Bou » Grasso est né en 1979 à La Plata, 56 kms sud-est de Buenos Aires. Il fait ses classes de graphisme aux Beaux-Arts, puis se dirige vers l’Université de cinéma où il apprend la réalisation. Comme illustrateur, il signe ses premiers dessins dans Billiken, un magazine pour enfant ; il illustre également des livres et des articles dans la presse. Comme animateur, il participe à de nombreuses productions, argentines et internationales : Nocturna, Gisaku, El Arca, Patoruzito, Condor Crux, etc. Il en profite aussi pour créer le studio Opusbou, spécialisé dans le cinéma d’animation 2D et le stop motion.
En 2008, il réalise avec Patricio Plaza ce petit chef d’œuvre sans parole de 6 minutes et quelques : El Empleo (L’Employé). Fable sociale, scénario d’anticipation absurde et sinistrement amusant, ce court-métrage laisse une drôle d’impression très kafkaïenne, comme dirait les intellos à court d’idées. Sauf que là, c’est vrai ! Et c’est peut-être pour ça qu’il fait maintenant partie des classiques du genre. Tu peux dormir tranquille, Joseph K. !


❥ SUPERBIA
[ADULTES]
Luca Thót
16’ / 2016 / 2D numérique Feutre / Androgynie / Hongrie
Fakt Visual Lab, Maurfilm, Artichoke, Boddah

Topo : Les résidents de la terre surréaliste de Superbia, là où les hommes et les femmes vivent séparément, assistent aux changements provoqués par l’apparition du premier couple égalitaire de leur histoire.

Luca Toth est une jeune réalisatrice hongroise, qui s’est d’abord fait remarquer dans le milieu avec son curieux film The Age of Curious, primé au festival d’Annecy en 2013. Elle a étudié le cinéma d’animation à l’Université d’Art et de Design Moholy-Nagy (MOME) de Budapest, puis au Royal College of Art de Londres.
Avec Superbia, elle a créé un univers surréaliste, voire onirique (ou l’inverse), surprenant en tout cas, qui sert finalement de support à une réflexion sur le genre. Dans ces contrées imaginaires, les femmes ressemblent plus à des amazones et les hommes à des damoiseaux. Mais un fleuve les sépare. Ici est toute la symbolique : si ces deux espèces semblent opposées, ce n’est qu’une apparence ; et il suffit de passer le guet, de franchir la ligne pour s’apercevoir qu’à travers l’eau ces deux groupes indigènes vont se re-connaître. Et puis surtout, graphiquement, qu’est-ce que c’est beau. C’est sans doute pour ça qu’il a été projeté en première mondiale à la Semaine de la Critique en 2016, avant de partir pour une grande traversée autour du globe et revenir le front couvert de lauriers.



À propos de Mecal
Depuis 22 ans, le Mecal, Festival international du court-métrage et d’animation de Barcelone, présente chaque année une sélection de plus de 350 courts-métrages minutieusement sélectionnés parmi ses 5000 inscriptions. Ce festival de trois semaines offre une véritable immersion dans les trois grands genres : image réelle, documentaire et animation. C’est donc avec l’animation que s’ouvre le Mecal : une semaine entière dédiée à ce genre aux possibilités infinies, avec 8 programmes en compétition et de nombreuses activités parallèles, réunissant les créateurs, l’industrie et les futurs talents.

Merci Roberto et Sara !


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