Les Gens du Mag : Lauren Martin

Perdu·es au milieu du grand arbre de l’illustration contemporaine, nous avons trouvé notre sauveuse. Au moment de choisir l’artiste de la couverture de notre numéro “Là-Bas”, nous nous sommes raccroché·es à la branche joyeuse et pétillante de Lauren Martin qui a l’art de faire marcher les sandwiches au pastrami et frétiller les spaghettis à la bolognaise. Grâce à elle, nous avons pu évoquer l’ailleurs avec son attribut le plus appétissant : la bouffe. Et comme on ne voulait pas choisir, nous lui avons demandé 3 couvertures. Rien que ça.

Lauren Martin s’est fait une spécialité d’humaniser la nourriture, de lui rendre les airs et les attitudes qu’elle mérite, elle qu’on ne fait qu’engouffrer sans un bonjour, sans un merci. Grâce à cette magie crayonnée, nous nageons dans le bonheur gastronomique avec des personnages aussi succulents que sympathiques, aussi drôles que fondants. Le voilà, d’ailleurs, le but ultime de la New-Yorkaise : nous rendre un sourire que nous perdons trop souvent, sans même y faire attention.

Pour ce faire, la recette de l’américaine est bien ficelée. Il lui suffit d’un trait net et sans bavure pour donner à ses formes rondeurs joyeuses et lisibilité immédiate. À cela, il faut ajouter des couleurs sans gêne et tapageuse mais dont la complémentarité et les contrastes rassasient l’œil en beauté lumineuse. Enfin, Lauren Martin doit ensuite faire valoir son savoir-faire en matière de composition pour donner à ses dessins leur atout le plus puissant : la séduction au premier regard.

Dans notre dernier numéro “Là-Bas”, vous aviez la mission de dessiner cinq images de cinq villes différentes en se focalisant sur leurs spécialités gastronomiques. Quand vous découvrez une ville, est-ce que les restaurants sont la première chose que vous visitez ?

Franchement oui ! Je suis tellement obsédée par la nourriture que mon premier repas est programmé à l’avance. J’aime me plonger directement dans ce qui va représenter la ville culinairement. Comme ça, mes papilles sont prêtes pour le reste de la semaine.

© Lauren Martin

Pourquoi la nourriture est si importante dans votre travail ? Est-ce que c’est plus facile pour vous transformer de la nourriture en personnage que de dessiner directement de vrais humains ?

Ce n’est que très récemment que j’ai essayé de comprendre pourquoi la nourriture est devenue si importante dans mon travail et je crois que c’est juste une sorte d’accident. Beaucoup de premières commandes étaient pour des restaurants et je pense que c’est arrivé comme ça. Et il s’est avéré que j’étais plutôt bonne pour dessiner de la nourriture, donc j’ai continué à le faire.

© Lauren Martin

Un autre aspect important de votre travail, c’est la joie et le fun que vous insufflez à tous vos dessins. Est-ce que c’est impossible pour vous de dessiner la tristesse et l’ennui ?

Absolument ! Je ne travaille pas trop les émotions négatives mais je pense que je pourrais y arriver si j’essayais. En fait, c’est aussi que quand je dessine un personnage avec une émotion particulière, je dois moi-même prendre la pose. Peut-être que c’est pour ça que je ne dessine pas trop les gens tristes !

© Lauren Martin

Pour faire ressentir cette joie à celles et ceux qui regardent, vous utilisez une palette de couleurs vives qui impressionnent instantanément. Pourquoi est-ce si important d’avoir cet impact ?

J’ai toujours travaillé avec les couleurs vives. Je pense honnêtement que c’est du au fait que je me suis beaucoup inspirée des cartoons à la télé. Ces couleurs pétantes avec la lumière de l’écran m’hypnotisent. Je pense que j’ai envie de plonger le public dans une sorte de trance colorée.

Vous utilisez aussi une ligne nette, pour réaliser des formes très reconnaissables. D’où vient ce style et est-ce que c’est un objectif que vos dessins soit immédiatement lisibles et accueillants ?

Ça n’a peut-être rien à voir mais avant de devenir autrice de BD et illustratrice, je voulais faire carrière dans les Beaux-arts. J’ai étudié le travail de beaucoup d’artistes classiques quand je faisais mes études et j’étais particulièrement fascinée par les dessins au crayon d’Ingres et Holbein : leurs lignes étaient tellement parfaites et décidées. J’ai étudié leur travail et suis devenue très bonne pour travailler ce genre de lignes. Bien sûr, ce que je fais aujourd’hui est très différent mais cette attention à la ligne est restée.

© Lauren Martin

Pouvez-vous nous parler de trois projets dont vous êtes particulièrement fière ?

Je pense que mes trois projets favoris sont l’affiche que j’ai réalisée pour le City Parks Summerstage, une publicité télé pour La Salvetat et ma collaboration actuelle avec Uniqlo – mais en particulier ma première et deuxième collection avec eux.

Je pense que ces trois projets m’ont donné beaucoup de visibilité : voir mon travail partout dans New York et à la télé française m’a beaucoup touchée. Avec ces trois projets, j’ai aussi pu travailler avec des équipes qui croyait en mon travail et en mes idées. Ils ne m’ont pas demandé de changements majeurs et ont toujours cru en ma façon de faire. Avec ce niveau de soutien, j’ai beaucoup plus confiance dans le résultat final.

© Lauren Martin – City Parks Summerstage
© Lauren Martin – La Salvetat
© Lauren Martin – Uniqlo

Kiblind « Là-Bas »
Lauren Martin

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