Submergé par la vague réactionnaire, le monde semble peu à peu se transformer en un chaos généralisé. Mais le MAIF Social Club a choisi de ne pas se laisser emporter par la houle et propose, jusqu’au 24 juillet 2027, l’exposition collective « Semons nos résistances », un revigorant parcours artistique sur ces gestes de résistance quotidienne, ces petites graines d’humanité qui ne demandent qu’à germer.
En s’attachant, non pas aux démonstrations spectaculaires, mais aux initiatives plus humbles, l’exposition Semons nos résistances commissionnée par Anne-Sophie Bérard entend nous montrer que la révolte est surtout une histoire de liens retrouvés. Les œuvres des quinze artistes invité·es promeuvent la bienveillance, le soin et l’attention à l’autre, prouvant à toustes que la résistance se trouve partout : dans la rue comme dans le regard du voisin.
Afin de mieux accompagner les enfants dans leur visite, le MAIF Social Club a choisi de s’associer avec l’illustratrice Virgen pour créer un livret-jeux engagé et vivant. Loin d’être une inconnue de la maison, la Parisienne collabore depuis déjà quelques années avec le lieu culturel. Les valeurs portées par l’une comme par l’autre ont fait de cette rencontre une évidence. Grâce à son dessin aux couleurs vives et aux lignes sans fioriture, la dessinatrice parvient dans ce carnet à rendre accessible et joyeux ces principes qu’elle porte fièrement en étendard. Égalité, tolérance et empathie en mode rose bonbon !

Bonjour, peux-tu te présenter pour celleux qui ne te connaîtraient pas ?
Je suis Virginie Gaubert, artiste et illustratrice indépendante sous le nom de Virgen. Je développe un univers graphique coloré et pop, peuplé de personnages expressifs, avec des formes franches et des compositions vibrantes. Mon travail se déploie à travers des pratiques et des formats variés, de l’illustration à la fresque, en passant par les dispositifs participatifs, les objets et le print. Je collabore aussi bien avec des marques qu’avec des institutions, des associations et des acteurs culturels. J’ai notamment travaillé avec Adidas, Vans, les Galeries Lafayette, Emmaüs ou encore ONU Femmes France. L’engagement occupe une place importante dans ma pratique, notamment autour de l’égalité femmes-hommes, de la lutte contre les discriminations et des questions LGBTQIA+. J’aime mettre mon univers graphique au service de sujets qui me tiennent à cœur, en explorant des manières de rendre ces enjeux visibles et accessibles à travers des images colorées, inclusives et ancrées dans les questions de société contemporaines.
L’exposition organisée par le MAIF Social Club s’appelle « Semons nos résistances ». Tu es toi-même très engagée, comme tu l’as dit lors de ta présentation. Qu’est-ce que le mot « résistance » signifie pour toi aujourd’hui ?
Pour moi, résister, c’est refuser de considérer les inégalités et les discriminations comme une fatalité. C’est défendre la possibilité pour chacune et chacun d’exister, d’aimer et de vivre librement, sans avoir à se conformer à une norme. Ça passe évidemment par des engagements collectifs, mais aussi par des gestes plus quotidiens : prendre la parole, soutenir les personnes concernées, rendre visibles des réalités qu’on invisibilise encore trop souvent. Je crois aussi que la résistance peut être joyeuse. Il y a une vraie force dans le fait de créer, de se retrouver, de célébrer nos différences et d’imaginer d’autres façons de vivre ensemble. Les manifestations peuvent être des espaces de joie, de fête et de solidarité, même si, face à certaines situations, la résistance nécessite aussi de la révolte et peut parfois laisser place à la colère. Il y a différentes manières de résister, mais l’essentiel, pour moi, c’est de ne pas renoncer à défendre ce en quoi l’on croit.

Au niveau des illustrations, ton style peut s’adapter à tous les publics grâce à ses couleurs vives et ses lignes pures. À quel moment t’es-tu dit que c’était ce style que tu allais travailler, que c’était celui qui te correspondait le mieux ?
Je pense que mon style s’est construit progressivement, au fil des projets et des expérimentations, plutôt qu’à la suite d’une décision précise. Avant de me consacrer à l’illustration, j’avais une marque de design brodé. Les contraintes de cette pratique m’ont amenée à beaucoup styliser mes dessins, à épurer les lignes et à aller à l’essentiel. C’est quelque chose qui a vraiment contribué à construire mon langage graphique. J’ai aussi toujours été attirée par les couleurs très vives, pop et contrastées. Avec le temps, j’ai appris à faire confiance à ce langage graphique et à le pousser davantage. Ce qui m’intéresse, c’est qu’il puisse être immédiatement accessible tout en gardant plusieurs niveaux de lecture. Une image peut être drôle et séduisante au premier regard, tout en portant un propos plus politique ou social.
Ce livret-jeux s’adresse à un public particulier, celui des enfants. Y a-t-il eu un travail particulier par rapport à ce que tu fais d’habitude ?
Je n’ai pas spécialement cherché à simplifier mon univers à l’excès, ni à adopter un langage graphique artificiellement enfantin, d’autant que mon univers est déjà très stylisé et repose sur des formes assez simples. Je préfère faire confiance à l’intelligence et à la curiosité des enfants, leur proposer des images expressives, des détails à découvrir et des situations qui leur donnent envie de se poser des questions.

La notion d’engagement est au cœur du livret-jeux. Comment, avec le dessin, faire passer cette notion auprès des plus jeunes sans pour autant tomber dans l’excès de sérieux ?
Je crois beaucoup à la force du jeu, de l’humour et de l’imaginaire. On peut aborder des sujets importants sans forcément adopter un ton grave ou donner une leçon. J’aime aussi l’idée de montrer que l’engagement n’est pas réservé aux adultes, ni aux personnes qui « auraient déjà toutes les réponses ». On peut commencer par observer, s’interroger, prendre soin des autres, coopérer ou imaginer une solution ensemble. L’important, c’est d’ouvrir des portes. Et si les enfants prennent plaisir à parcourir le livret, c’est déjà une façon de leur donner envie d’aller plus loin.
Est-ce qu’il y a une façon différente d’envisager la commande lorsque les valeurs portées par le client et les vôtres se rejoignent ? Y a-t-il un bonus de motivation ?
Oui, forcément ! Quand le sujet fait écho à mes convictions, il y a une motivation supplémentaire, parce que je ne cherche pas seulement à répondre à une demande graphique : j’ai aussi envie de contribuer à un projet dont je partage le sens. Cela crée une forme de dialogue plus immédiate avec le commanditaire et donne envie de chercher des idées qui vont au-delà de la simple illustration d’un thème. Le MAIF Social Club est un lieu que je fréquente et que j’aime beaucoup, notamment pour la diversité des sujets qu’il aborde et la manière dont il les traite, sous un angle engagé. Nous avons déjà commencé à collaborer autour d’ateliers, pour lesquels je conçois des kits créatifs et participatifs destinés aux enfants. Ce livret-jeux s’inscrit donc dans une relation qui existait déjà et qui fait vraiment sens pour moi. C’est particulièrement stimulant de pouvoir mettre mon travail au service d’un lieu et de projets dont je partage les valeurs, et de contribuer, à mon échelle, à faire vivre ces idées auprès de différents publics.

