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Cette année, le festival parisien Rock en Seine fêtait ses 10 ans avec une programmation mi-figue, mi-raisin. Les belles affiches sont éclatées sur les 3 soirées (Grimes, Hyphen-Hyphen ou Beach House). Les ennuis aussi (Placebo nouvelle génération - pouah -, Noel Gallagher sans Liam - tow - , Green Day sans... ?! Green Day quoi ! - peuh -). On peine alors à choisir son soir quand, comme à Kiblind, on doit miser sur une journée et une seule... On a pris, presque arbitrairement le samedi, parce que le vendredi, maman fait les raviolis, et le dimanche, papa fait... J'en sais rien : la rime pauvre ne vient pas. Disons qu'il fait du bricolage.


Premier remarque : pour entrer en douceur dans l'ambiance de Rock en Seine, rien de tel que prendre le métro, si possible d'une station éloignée pour s'imprégner progressivement de l'ambiance. D'abord perdu au milieu des citadins en claquettes de la périphérie, vous croiserez bientôt les citadins ensamedichés (ben, oui, dimanche on va faire du bricolage) puis les festivaliers toujours plus nombreux dans votre rame. Chacun son truc pour entrer dans l'ambiance : certains avec leur walkman aux oreilles (les solitaires, les célibataires), d'autres en train de dépiauter le programme du jour (les couples qui tentent de se mettre d'accord sur ce qu'il faudra aller voir). Les garçons sont apprêtés, cheveux gominés, manches retroussées. Les filles sont carrément déguisées : short en jean's (l'indispensable de l'été 2012), rouge a lèvres, bandeau des années folles dans les cheveux (le nouvel apparat à la mode ?).
On se retrouve au bout de la ligne 10, dans cette charmante station de Boulogne-Pont de Saint Cloud qu'on ne voit généralement qu'une seule fois par an. On marche un peu et on arrive au domaine de Saint-Cloud, le bien nommé, entre un bout de Seine moins excitant que sous le pont Alexandre III, une bretelle routière du plus bel acabit et quelques hauteurs densément peuplées de petits pavillons bourgeois. Ici, la queue à l'entrée est interminable. Je me risquerai bien à quelques jeux de mots scabreux avec le papa devant moi qui accompagne sa fifille en festival, mais je m'abstiens. Ce qui me laisse le temps d'apprécier, au loin, une foule dense qui se presse déjà dans l'arène. Le temps de prendre une bière et de savourer les dernières joies estivales de cette sombre année 2012 et me voilà près à affronter Hyphen-Hyphen qu'un ami (mon cher ami) m'avait fait découvrir et apprécier il y a peu.




Le groupe surjoue avec un maquillage façon Kiss-d'Aubervilliers ou MGMT-de Bobigny (c'est comme vous voudrez) ; la chanteuse en fait des caisses. Mais ca cogne fort et Hyphen-Hyphen aura incontestablement marqué les esprits. En toute honnêteté : peut-être le meilleur concert de la journée. Je traîne mes guêtres dans les stands car, faut-il vous le rappeler : Rock en Seine c'est aussi un festival bourré d'activités annexes à la musique. Je passe sur celui de SFR qui met à votre disposition une mini-discothèque pour 5 amis, des guitares et des casques pour rejouer Jimi ou un baby avec des téléphones Motorola en guise de petits bonshommes (comme si on allait aimer jouer au baby avec un rectangle noir plutôt qu'avec un joli sujet de plastique coiffé comme Platini ?! 'Sont fou ces capitalistes !). Il y a aussi une bibliothèque, des ateliers de jeux, des boutiques de merchandising. Et l'incroyable Rock'n'Roll Circus qui m'aura donné l'occasion de voir ma première femme sans tête, mon premier homme araignée et mon premier mangeur de couteaux (ndlr : le fakir Jean-Pierre Francky, ça ne s'invente pas).




On passe devant Caravan Palace. Comment vous dire. Ah, oui, mon vieil oncle Rodolphe avait trouvé ça « tellement jeune » au mariage de ma cousine Berthe. Je ne m'éternise pas et file voir mes vieux potes de 15 ans de dEUS. Les nouveaux titres sont ronflants. Le groupe fait l'impasse sur les titres de In a Bar Under the Sea : pourquoi pas. Après tout, on est en festival et ils n'ont que trois-quarts d'heure, mais ça nous pèse. 2 titres tirés de The Ideal Crash pour remettre tout le monde d'accord et un petit Suds & Soda qui nous tire la larme, parce que c'est pas tout ça, mais dans la disette rock'n'roll des années 90, ce titre a beaucoup compté. Temper Trap nous rendra, juste après, définitivement mélancolique avec leur rock dégoulinant d'amour, idéal pour ado pré-pubère. Mais je dois avouer qu'ils m'auront envoûté : la faute à mon spleen ou à ma xème bière ? Noel Gallagher, mon vieux, y'a du monde qui t'attend, mais ta coupe au bol m'animant beaucoup moins que le mulet de Waddle, je file voir les Bewiched Hands : cocorico. Bon, côté coupe de cheveux, je fais profil bas. Je crois que nos rémois sont passés chez Tchip' Coiffure juste avant de venir. Côté musique, c'est impeccable. On danse, on pense à ABBA, et on n'a pas tort car le clin d'oeil viendra.







La nuit est en train d'arriver quand le groupe avec le nom le plus culotté de l'histoire du rock'n'roll monte sur scène : les Eagles of Death Metal ! Houai ! Ca me donne envie de dire « Motherfucker » tout ça. Et j'ai pas tort. Ca s'ouvre sur un larsen douloureux que ma voisine s'empresse de comparer, fort judicieusement, au son qu'a dû émettre le Costa Croisière au moment de son naufrage. Les aigles jouent fort, jouent dur, jouent viril. Ca sent la bière, les groupies et les vannes crasseuses. Le vrai point fort de la team : une voix d'Elvis à faire pâlir Elvis lui-même. Le temps est venu d'aller casser une croûte (ah, la fameux d'wich à la tartiflette de Rock en Seine !) et de goûter au petit Ed Sheeran que le festival avait réussi à me vendre à la lecture du programme. Et bien, je n'ai pas regretté de m'être bougé. Une jolie découverte que je vous conseille de tout urgence.





The Black Keys, le clou de la soirée. Vous lirez les Inrocks ou Libé' si vous voulez en savoir plus. Je vous dirai simplement que c'est bien, que ça serait mieux à voir dans une petite salle, que les titres sont bons et que le chanteur-guitariste est exceptionnel. Mais on se dit quand même : pourquoi eux et pas un autre ? C'est l'heure du dernier verre et le moment de la meilleure blague du festival. 2 types au comptoir demande un Ice Tea. La serveuse leur répond qu'il n'y en a plus. « Quoi ? (furieux)... Y'a plus d'Ice Tea ? Bon, ben, on va prendre 2 bières alors ». Agoria et sa techno bien sentie, quoi que pas du tout révolutionnaire, nous accompagne en douceur (et en dansant) jusqu'à la sortie... Hein ? Quoi ? Je viens encore de rater Mark Lanegan qui jouait... Sur la scène Kronenbourg... Zut ! Ca fait 2 fois en 2 semaines... Rock en Seine : tu as été vaillante et nous t'en remercions ! Happy Tenth Anniversary !





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