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Qu'est ce qui nous fabrique en tant qu'"hommes"?
Qu'est ce que c'est qu'être "individu" aujourd'hui sur les rives de Tanger, d'Algesiras ou de Barcelone ?
Qu'est ce que ces révolutions allumées par les flammes humaines de Sidi Bouzid font à l'espoir, à la destruction programmée de notre Monde et à la force qu'un garçon de 18 ans lui oppose?


Mathias Énard vient de sortir de la Rue des voleurs via la porte Actes Sud en tenant par la main un personnage magnifique, Lakhdar, jeune marocain, 18 ans tout juste et prêt à défier l'ensemble de la mer centrale à grands coups de lucidité sur la zone dans laquelle il vît, où d'autres meurent, où il a fauté et où il fautera.



François Bon écrit à propos d'Énard qu'il est un "sacré raconteur d'histoire. Je ne sais pas à quoi ça tient, ou si, je le sais mais lui il serait pas d'accord : une justesse par rapport au réel, et la charge d'humain qu'on met dans les mots juste avant le point. Énard c'est une manière de ponctuation qui ne s'arrête pas aux points, pour ça qu'on avance."

François Bon a raison. Cette Rue des voleurs est plus qu'une chronique extraordinaire remplie de ce qui fait l'identité méditerranéenne; cette "chose", cette "zone" ou en d'autres termes cette "modélisation" qu'a provoqué la mer blanche et ses destins croisés et décroisés.

Rue des voleurs, tout comme Zone, c'est de la lumière plein les yeux, c'est de l'amour pur, c'est à dire pas affiné, plein de son inconscient, brut de saloperies et de cynisme auquel marche si bien notre monde d'aujourd'hui. Mais c'est aussi la fulgurance des 20 ans, la beauté de l'humanisme arabe, d'une génération qui pourrait foutre le feu à l'Europe si elle le souhaitait, si elle avait conscience qu'elle le pouvait. Lire Énard, c'est se plonger dans l'Histoire, dans la lumière d'une écriture où chaque mot brille fort, brille juste. Entrer dans cette Rue des voleurs, c'est prendre la main à notre tour de Lakhdar, celle d'Ibn Battûta, celle de Manchette et de Jean Claude Izzo, que l'on retrouve bien un peu ici car lui aussi avait compris que cette mer qui fait peur à beaucoup de nos contemporains occidentaux, rapport à ce qui s'y trouve de l'autre côté, est la mère de nos histoires, de nos mythes, de nos colères et de nos espoirs.


http://ecx.images-amazon.com/images/I/41QLwFabqHL._SL500_AA300_.jpg



Rue des voleurs de Mathias Énard, éditions Actes Sud, collection "Domaine français"
Parution : 22 août 2012

Retrouvez un extrait du livre lu par Mathias Énard ici.

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