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D'habitude, on est assez réticents devant les adaptations BD des livres que l'on a aimés. Parce que les traits que notre imagination avait prêtés aux décors et aux personnages sont effacés ; parce que l'histoire originelle est souvent malmenée à coups de réinterprétations et de coupes franches rédhibitoires ; parce que l'ambiance générale ne concorde pas avec celle qui se dégage de notre souvenir. Bref, parce qu'il n'y a plus rien de nous-mêmes dans ce quelque chose de précieux qui semblait nous appartenir. Et si le genre est à la mode, la réussite est rare.

Cette version du Joueur, avec sa prudente mention de « librement adapté », est un pari gagné. Le climat de fatalité oppressante, que manie si bien Dostoïevski dans l'ensemble de ses oeuvres, est ici adroitement dilué sur la ville statique dessinée par Loïc Godart. Un passage du texte à l'image avec subtilité et délicatesse, qui joue sur les nuances et les teintes pour accompagner chaque moment de l'histoire, entremêlant habilement passé et présent sans rompre la narration. Dès les premières pages, qui s'ouvrent comme un prologue sur une Roulettembourg figée sous la neige, le personnage fatigué d'Alexeï Ivanovitch croise son double d'autrefois dans un échange entre monochrome et couleur. Le récit de sa vie de joueur commence alors, scénarisée par Stéphane Miquel, qui a su avec talent retranscrire une copie réduite mais fidèle de l'original. Bravo.


Le Joueur

Stéphane Miquel et Loïc Godart

D'après Fédor Dostoïevski

Soleil / Collection Noctambule

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