L'agence d'architecture et d'urbanisme Oikos remet un documentaire de 2010 au goût du jour : l'architecture de la dictature et le quotidien au Myanmar.
Alors que Facebook n'en était qu'à ses balbutiements en France, les premiers inscrits eurent l'occasion de faire l'expérience de "l'engagement zéro", celui qui consiste à s'ériger en citoyen du monde soucieux de ses contemporains, protestant et vociférant symboliquement son rejet d'un système global au prix d'un simple clic. Dans ce cas, il suffisait au quidam de supporter la révolte des moines de Birmanie (ou Myanmar) écrasée par la junte locale en rejoignant un groupe qui décréta que, non, décidément, les dictatures, c'est pas gentil. Depuis 2007, l'internaute a oublié ses premiers émois virtuellement revendicatifs pour s'engager davantage en suivant entre autres le Printemps des peuples arabes ou les Indignés sur twitter...
C'est donc aussi pour ne pas être victime d'amnésie quant à des évènements vieux de quatre ans (putain, quatre ans ! Une autre époque...) que le cabinet d'architecure et d'urbanisme Oikos a établit un partenariat avec Cinquième étage Productions et Upian, ces derniers ayant supporté le web-documentaire Happy World - Birmanie : la dictature de l'absurde, réalisé par Tristan Mendès France et Gaël Bordier en 2010.
Le documentaire est visible ici
Une reproduction gratuite permise par la licence Creative Commons chère à notre ami Lawrence Lessig, et dont Oikos se fait l'écho : narrer le quotidien des habitants rythmé par les décisions arbitraires du pouvoir, dont la plus marquante est bien sûr la création ex-nihilo de la capitale Naypyidaw, en plein centre du pays et de la jungle, en lieu et place d'une Rangoon jugée trop dangereuse (tourisme et influence étrangère, concentration des habitants...). Un choix qui se veut stratégique mais qui est plus encore marqué du sceau d'une propagande s'inscrivant dans les paysages et les trames urbaines, à l'instar de Pyongyang, elle aussi ville déserte, bureaucratique et vitrine du pouvoir en place, à ceci près que la nouvelle cité, si elle réfute le concept de centre-ville, peut s'appuyer sur des facilités de luxe comme l'électricité ou encore l'eau courante (cette dernière servant ainsi à arroser les divers parcours de golf émaillant la cité). Une politique architecturale que Oikos vulgarise (au sens noble du terme) au travers d'une infographie aux traits enfantins soulignant des principes d'urbanisme originaux au service de la junte du Myanmar.
Toutes informations supplémentaires et/ou utiles sont disponibles sur le site internet du film : une cartographie de l'opposition birmane, comment censurer le compte twitter d'un proche, s'informer davantage sur le Myanmar, approfondir les thématiques abordées durant le documentaire.