Qui dit Juin dit Roland-Garros et son parterre de stars, dont le teint artificiellement hâlé n'a rien à envier à la surface sur laquelle se débattent des sportifs aux tenues multicolores. Aussi, quoi de mieux dans ce contexte que de se livrer à une interview-tennis avec une vraie célébrité ?
À l'orée de la troisième saison de Treme, nous discutons de nouveau avec le maitre des lieux, M. Éric Overmyer. Et le bougre se défend ! Mes services, préparés avec la même minutie irritante qu'un Rafael Nadal version pantacourt, essuient aussitôt de violents retours, qui, s'ils accrochent parfois la bande, rongent le plus souvent la ligne, soulevant un peu de terre battue et recouvrant les limites du terrain, ce genre de traces qui font dire à ces enfoirés de juges de lignes « qu'elle était bonne ».
Match en 5 sets acharnés avec le scénariste de LA série sur NOLA... et son lot d'enseignements.

Kiblind : Quelle période la prochaine saison de Treme va-t-elle couvrir ?
Éric Overmyer : De l'automne 2007 au printemps 2008
K : Le thème principal de la dernière saison était le retour de la violence à la Nouvelle-Orléans. Quel est l'angle principal des prochains épisodes ?
EO : L'échec des institutions et la nécessité pour les groupes de citoyens autant que pour les individus de prendre eux-mêmes l'effort de reconstruction à bras-le-corps.
K : HBO a repoussé la diffusion de la troisième saison en septembre. Le tournage en a-t-il été affecté ?
EO : Non. Nous avons terminé le tournage en mai dernier.
K : Pourquoi l'ont-ils repoussé ?
EO : Pour des raisons d'emploi du temps. Ils ont de nouveaux programmes à présenter ce Printemps. Treme et Boardwalk Empire ont tous les deux été déplacés à l'Automne prochain.
K : Pensez-vous qu'à ce stade de l'histoire, le public est davantage intéressé par les histoires des personnages et leur évolution que par le processus de reconstruction et les témoignages ?
EO : Nous avons toujours été plus intéressés par les personnages, leurs histoires et leurs trajectoires et j'espère que le public l'est également.
K : Quelles sont les principales évolutions des personnages ? Les traits marquants ?
EO : Je ne peux pas te dire ! Wait and see !
K : Des nouveaux personnages ?
EO : Oui, nous avons introduit un journaliste d'investigation. Celui-ci est un peu inspiré d'un vrai journaliste qui s'appelle A.C. Thompson, qui avait permis de révéler de nombreuses histoires relatives au comportement d'un petit groupe d'officiers de la police locale durant les jours qui suivirent Katrina.
K : Maintenant que vous êtes reconnus comme l'une des voix des "sans-voix" par les habitants et les musiciens aux-mêmes de par le monde, la pression augmente-t-elle ?
EO : Je ne crois pas que nous soyons la voix des "sans-voix". Les habitants de la Nouvelle-Orléans peuvent parler pour eux-même. Ils le font et continueront de le faire.
K : Les épisodes répondent-ils toujours à vos attentes ?
EO : Non.
K : Êtes-vous déçu par des scènes qui semblait meilleures sur le papier qu' à l'écran ?
EO : Souvent !
K : Et à l'inverse, une scène meilleure que ce que vous escomptiez ?
EO : Parfois, notamment les scènes musicales dépassent nos attentes.
K : Avez-vous encore des demandes de la part de musiciens pour apparaitre dans la série ?
EO : Oh oui ! Et nous avons encore une longue liste de personnes que nous n'avons pas encore aperçu pour le moment.
K : Y a-t-il le projet d'une tournée Treme ou une compilation à vendre des meilleurs moments musicaux de la série ?
EO : En fait, la compilation de la seconde saison vient de sortir. Mais j'espère qu'un jour, nous mettrons en place un album complet de toutes les musiques que nous avons enregistrées pour la série. Enfin, l'été dernier, il y a eu un "Treme Tour" de certains groupes qui sont apparus au casting mais je ne sais rien de plus piur l'instant, ni si nous mettrons ce type d'initiatives en place.
K : Dans la même veine, après toutes les recherches sociologiques, culturelles et historiques que vous avez effectué, pensez-vous ouvrir vos archives aux fans, aux universitaires, aux scientifiques ?
EO : Non.
K : Les musiciens vous remercient-ils personnellement pour la lumière que vous leur avez apporté - des artistes locaux comme John Boutté, Kermit Ruffins, Trombone Shorty, Big Freedia - qui ont tous profité de la série pour se faire davantage connaitre ? Ou est-ce une aide mutuelle ?
EO : Oh, nous avons bien plus bénéficié de leur aide que eux de la notre. Mais tous nous ont remercié chaleureusement.
K : Avez-vous finalement réussi à parler de la scène Metal de la Nouvelle-Orléans ?
EO : Cette année nous avons tourné une scène avec Eyehategod, et nous avons parlé de Goatwhore. Le nouveau journaliste aime le Metal !
K : Pensez-vous que la création de la politique dite de "Gulf Opportunity" (une baisse des taxes après Katrina pour favoriser l'émergence de l'industrie culturelle au sens large) vous a aidé à faire cette série ?
EO : Non, pas du tout. Ça n'a rien à voir avec nous.
K : Comment continuez-vous à aviver le feu et vous sentir excité maintenant que la série est bien installée dans le paysage audiovisuel ?
EO : C'est très facile de maintenir notre passion pour Treme, pour la Nouvelle-Orléans, ses habitants et sa culture. Personnellement, je considère NOLA comme ma ville, c'est chez moi.
K : Êtes-vous toujours bien conscients de votre pouvoir, et par conséquent de votre responsabilité sur la connaissance et les idées que se font les gens sur NOLA, sur ce qu'étaient Katrina et le processus de reconstruction - même s'il ne s'agit que d'une fiction ?
EO : Bien sûr. Nous sommes au fait de nos responsabilités et nous nous forçons de dépeindre la Nouvelle-Orléans aussi justement que possible dans le cadre d'une narration fictive.
K : Pensez-vous avoir influencé voire même changé la représentation des gens quant aux évènements ou à tout le moins ce qu'il pensaient en savoir ?
EO : Je n'en ai aucune idée.
K : Est-ce une série pour un public averti ? Déjà convaincu ?
EO : N'est-ce pas le cas de la majorité des séries ?
K : Y a-t-il des influences politiques ?
EO : Il y a une multitude de notions politiques parmi l'équipe de scénaristes. Mais généralement la politique de la série tend vers la gauche (left liberal).
K : Certains politiciens tentent-ils d'influencer votre travail ? La Police ? N'avez-vous jamais eu de problèmes pour ce que vous révélez ?
EO : Non, non, non. Rien de tout ça.
K : À l'instar des musiciens, certains politiques essaient-ils d'apparaitre dans la série et vous en font la demande ?
EO : Nous avons demandé à Oliver Thomas, un politicien local, d'être dans la seconde saison pour jouer son propre personnage.
K : Avez-vous essayé d'avoir certains d'entre eux (Nagin - alors maire de la Big Easy - Blanco - gouverneure de Louisiane à l'époque - Landrieu - adjoint de cette dernière et actuellement maire de la Crescent Town, premier maire blanc depuis... son père à la fin des années 1970) ?
EO : Non. Seul Nagin apparait dans la série, à travers les vrais reportages des journaux télévisés que nous reprenons.
K : Certains politiciens ont-ils tenté de récupérer Treme ?
EO : Pas à ma connaissance.
K : Y aura-t-il une quatrième saison ? Serait-ce la dernière ?
EO : Je n'en sais rien encore. Je ne sais pas où nous allons ni jusqu'où nous pouvons aller.
K : Désirez-vous amenez l'histoire jusqu'à la victoire au Superbowl des Saints en 2010, puis à la marée noire la même année ?
EO : Je n'irai pas jusque là ! Une quatrième saison recouvrirait la période 2008-2009. Aussi aurions nous besoin d'une cinquième saison pour arriver jusqu'à la marée noire...
K : Avez-vous des projets pour l'après-Treme ?
EO : Pas encore.
K : Sera-t-il facile de partir sur autre chose après avoir travaillé sur une ville si organique, à l'identité si forte ?
EO : Non ! New Orleans, toujours !