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Illustration Itw JD Secondi/Evento
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Itw JD Secondi/Evento

par Gabriel Viry

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L'interview de Jean-Dominique Secondi, directeur général d'Evento, biennale d'art contemporain de Bordeaux. Présente écourtée dans le n° 37, elle est ici retranscrite dans son integralité.


Mettre l'art au service de la ville, c'est un volet du « troisième paradis », mais aussi un métier. Le coproducteur d'Evento, à Bordeaux, a 1 500 secondes pour nous expliquer...

Kiblind : Quelle est l'origine d'Evento?

Jean-Dominique Secondi : Evento a été créé en 2009, à la demande du Maire de Bordeaux, car la ville manquait d'un grand événement artistique à l'instar des autres métropoles, comme Lyon, Nantes ou Lille. Cette intuition, certainement renforcée par la candidature à la Capitale Européenne de la Culture 2013, s'inscrivait clairement, au départ, dans une logique de positionnement concurrentiel avec les autres villes. Par ailleurs, avec l'aménagement de ses berges, Bordeaux venait d'achever sa transformation urbaine : l'espace public étant à nouveau visitable, il était temps de le valoriser et le proposer à d'autres usages. L'enjeu d'Evento consistait alors à inventer un événement autour de l'art contemporain, pas celui des musées ou des biennales, mais celui qui descend dans la rue, sur le modèle notamment de Lille 2004. Autrement dit, un événement qui soit vraiment destiné à tous les publics, des locaux mais aussi des invités, pour venir dans l'espace public, découvrir des projets d'artistes, autour de sujets quotidiens. Il y a deux ans, par exemple, c'était la question de l'intime et du collectif : comment la ville est, au niveau individuel et collectif, le lieu dans lequel on grandit, on se rencontre, on pleure, on rit, on fait la fête....


K : Les événements artistiques, urbains, grand public se multiplient : en quoi Evento est-t-il « inédit » ?

JDS : Evento confie d'abord une carte blanche à un artiste (Didier Faustino en 2009) qui s'empare de l'espace public et fait participer d'autres artistes au processus de création, sur le thème de l'art et de la ville. Ce fonctionnement est assez innovant puisque, contrairement à d'autres manifestations qui font appel à des directeurs artistiques ou des commissaires, le commissaire est ici un artiste. C'est aussi un gros risque... D'autre part, même si la carte blanche est plutôt confiée, au départ, à un plasticien, toutes les disciplines artistiques sont « invitées » à Evento (littérature, musique, théâtre, etc.). C'est une approche contemporaine : on sait aujourd'hui que les artistes sont au centre de réseaux, notamment dans la jeune création émergente. Ils travaillent souvent en collectif et les disciplines artistiques sont de plus en plus imbriquées. A Bordeaux, on leur demande ainsi de travailler, ensemble, sur la question d'habiter la ville, et de la transformer.

K : Pourquoi  Michelangelo Pistoletto a-t-il été choisi en tant que « carte blanche » de l'édition 2011?

JDS : En tant que producteur délégué, je n'ai pas participé processus de sélection, mais je sais qu'à l'issue de la première édition, un débrief a été fait avec l'ensemble des acteurs culturels bordelais (École des Beaux-Arts, CAPC, Conservatoire, etc) : ils ont défini, ensemble, un profil d'artiste à inviter et la ville leur a demandé, à chacun, des propositions. Il y avait notamment une chorégraphe et plusieurs plasticiens, français et étrangers. Le Maire en a rencontré certains et a retenu Michelangelo Pistoletto, après avoir été à Biella, en Italie, pour découvrir sa Fondation, la Citadellarte.

K : Quel est son projet?

JDS : Pistoletto a choisi une sorte de manifeste, « L'art pour une ré-évolution urbaine », basé sur la théorie qu'il développe depuis des années : il est persuadé que les artistes ont la responsabilité de transformer la société, vu la faillite des politiques et des économistes, afin qu'elle redevienne vivable. Il a ainsi conceptualisé le « troisième paradis », qui doit succéder aux deux premiers : le paradis idéal du Jardin d'Eden et le paradis artificiel, symbolisant notre époque actuelle. Evento 2011 lui propose ainsi d'expérimenter cette théorie, en demandant à des artistes de travailler dans des quartiers, avec des acteurs locaux, sur des sujets et des environnements quotidiens. Certaines expériences ont été amorcées bien en amont. Depuis juillet, par exemple, Jeanne van Heeswijk travaille avec une quarantaine de structures sur un lieu, le Marché des Douves, destiné à abriter la Maison des Associations. C'est la restitution de cette expérience qui sera proposée pendant Evento, avec un contenu concret et une proposition d'aménagement...

K : Cette dimension participative est-elle une évolution par rapport à la première édition, que certains ont justement critiqué pour son aspect « parachuté »?

JDS : En 2009, il y avait déjà quelques tentatives mais, cette année, le choix s'est clairement porté vers un artiste chez lequel la dimension collaborative et participative est au coeur du processus de création. Sur le modèle de sa fondation, La Cittadellarte, Pistoletto a la volonté d'impliquer les acteurs locaux mais aussi, plus largement, tous les publics. Cette approche se matérialise directement dans la programmation. Dès l'été, certains projets ont démarré, comme les Chantiers mobiles, sur des problématiques liées à l'art, mais aussi l'habitat, la citoyenneté, la diversité, etc.

K :À côté des artistes internationaux, quelle place est faite à la création « locale » ?

JDS : Il n'y a pas de quotas. En revanche, la ville est très claire sur le fait de dire qu'Evento doit, avant tout, enrichir les bordelais, et notamment les artistes. De façon plus générale, la localisation des créateurs, ce n'est pas comme le nougat à Montélimar : il n'y a pas une spécialité artistique locale, mais des artistes qui vivent ici et emprutent souvent les mêmes réseaux que ceux qui sont à Lyon, à Marseille ou à l'étranger. Il est effectivement demandé au directeur artistique de rencontrer cette scène-là et lui proposer de participer, sous différentes formes : en tant qu'artistes invités ou dans une démarche collaborative avec d'autres artistes. Evento cherche justement à favoriser la rencontre...

K : Mettre l'art au service de la ville : au-delà d'Evento, c'est aussi votre métier ?

JDS : J'ai été architecte pendant plus de dix ans, davantage tourné vers l'urbanisme que le bâti. Depuis une quinzaine d'années, je m'intéresse effectivement au rôle des artistes dans l'élaboration de l'espace public. J'ai repris une agence d'ingénierie culturelle, APC*, que nous avons transformée en outil d'accompagnement, de production et de pilotage de grands projets artistiques. Le champ d'intervention reste toujours celui de l'espace public non destiné à l'art, puisqu'on travaille systématiquement en dehors du musée, du « white cube », pour des publics qui ne sont pas des amateurs éclairés. A Paris, par exemple, Nuit Blanche, dont nous avons produit cinq éditions, reste un événement référent. Dès l'origine, Christophe Girard cherchait à raccourcir la distance entre le public et les oeuvres d'art, en leur permettant d'être conçues ou montrées dans la ville à l'occasion d'un moment fort, un peu décomplexé : la nuit. Il y a d'autres événements qui vont dans le même sens, comme le défilé de la Biennale de la Danse, à Lyon, ou Estuaire, à Nantes. Nous partageons cette ambition, de poser la création et la participation artistique comme un ressort majeur de l'investissement urbain.

*Art Public Contemporain


Evento 2011
Rendez-vous artistique, urbain et gratuit
Du 6 au 16 octobre 2011, à Bordeaux
+ d'infos sur la Cittadellarte, le laboratoire artistique de Michelangelo Pistoletto :

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