En complément de l'interview présente dans le Kiblind n°39, voici l'interview complète d'une membre de la maison d'édition de BD L'Association.
Après une année mouvementée, L'Association reste une carte de voeux dans l'univers de la bande dessinée : du bonheur et surtout la santé !
Kiblind : Comment se porte l'Association, après une année « tumultueuse » et de nombreux changements ?
L'Association : La structure se porte assez bien, même si le départ de Jean-Christophe Menu, un des historiques de l'Association, a impliqué de redéfinir largement notre fonctionnement. Désormais, les prises de décision vont se faire de manière encore plus collégiale, ce qui demande beaucoup d'échanges, de dialogue, et donc du temps. En revanche, au niveau artistique, il n'y a pas d'évolutions majeures, car c'est Menu qui est parti pour lancer une nouvelle ligne éditoriale...
K : Il était pourtant très impliqué dans certains projets, comme la revue Lapin...
L'A : Oui, mais de toute façon, Lapin demandait beaucoup de travail et, au-delà de Menu, l'Association n'était plus vraiment capable d'assumer la publication d'un revue trimestrielle, sous cette forme-là.
K : 2011 a été une année difficile (1) pour la bande dessinée « indépendante ». Comment l'expliquer ?
L'A : Le problème essentiel, évidemment, vient des ventes. Même si beaucoup de libraires nous soutiennent, la plupart va d'abord prendre des livres grand public, qui parlent à tout le monde : ce n'est clairement pas le cas de notre production. C'est à peu la même chose dans la presse. Il y a des médias très prescripteurs, à gros tirages, mais l'Association y est généralement peu présente. Elle va plutôt se retrouver dans des supports plus spécialisés, qui n'ont évidemment pas le même impact auprès du public. On essaie d'y remédier et de diversifier notre activité presse, car les retombées sont positives pour les auteurs et elles peuvent encourager les libraires à mettre en avant certains livres.
K : Un tirage moyen, chez l'Association, ça représente combien d'exemplaires ?
L'A : C'est très variable, selon les livres : de 1 000 à 10 000 exemplaires, jusqu'à 30 000 quand il s'agit de Marjane Satrapi ou Riad Sattouf. Mais de façon plus générale, on a restreint les tirages et le nombre de parutions. L'an dernier, on a en publié une vingtaine, alors qu'en 2008, on avait 40 sorties !
K : Paradoxalement, les gros éditeurs semblent accorder une place croissante à la « nouvelle » bande dessinée ('Shampooing' chez Delcourt, 'KSTR' chez Casterman, etc.)...
L'A : En effet et, même si on a tous un avis différent sur le sujet, on peut pas dire que ça nous ravit, puisque ce sont des livres qui prennent parfois la place d'autres livres. Les éditeurs indépendants, comme l'Association, ont fait un gros travail d'investigation et pris des risques courageux pour avoir le sentiment, aujourd'hui, d'être un peu « volés » par d'autres. C'est un sujet dont on a beaucoup parlé en interne, il y a cinq ou six ans, dès la création de Futuropolis ou des collections « Écritures » chez Casterman. Ces éditions reprenaient un peu ce que l'Association avait apporté à la bande dessinée...
K : Comment se déroule, aujourd'hui, la sélection des auteurs ?
L'A : Il y a un comité éditorial, composé d'une dizaine d'auteurs, qui intervient en dehors de la structure à proprement dite. Concrètement, ça se passe sur un blog et ils font leur cuisine entre eux. Concernant la recherche de nouveaux auteurs, il n'y a pas vraiment de règles et tous les scénarios sont possibles. Certains membres du comité vont chercher, dans les fanzines qu'ils ont à portée de main, une sélection d'auteurs capables de produire des récits plus prolixes. D'autres auteurs de l'Association proposent spontanément leurs travaux, comme ils l'ont toujours fait. Enfin, il y a des projets qui arrivent d'éditeurs étrangers, puisque l'Association est reconnue et a très bonne réputation...
K : L'Association a découvert de nombreux auteurs à succès. Parvenez-vous à les « conserver » ?
L'A : Là aussi, tous les cas de figure existent. Emmanuel Guibert, par exemple, a décidé de rester avec nous, même s'il travaille parallèlement avec d'autres éditeurs. David B. revient et propose des choses. Quant à Marjane Satrapi, on sait pas trop ce qu'il en est, puisque ça fait un moment qu'elle n'a pas fait de livres...
K : Dans quelle mesure l'Association intervient pour les projets qui dépassent le cadre de l'édition ?
L'A : C'est très clair : on n'intervient pas du tout. Pour prendre l'exemple des auteurs qui adaptent leurs livres au cinéma, comme Marjane Satrapi (Persepolis, Poulet aux Prunes), ils sont propriétaires de leurs droits et font ce qu'ils veulent. L'Association est un éditeur de livres et ne fait que cela...
K : Quel est l'impact d'un événement comme le Festival d'Angoulême ?
L'A : Un prix à Angoulême, c'est surtout un succès critique, pour l'auteur, qui peut certes amener des ventes supplémentaires, mais ce n'est pas non plus la tombola ! Chaque année, l'Association est représentée dans la sélection officielle. Pour l'édition 2012, nous avons La Bande à Foster, de Conrad Botes et Ryk Hattingh, sélectionné dans la catégorie Polar . C'est une petite « Ciboulette » qui raconte l'histoire d'un gang en Afrique du Sud au début du siècle, commettant de menus braquages de manière un peu maladroite. Un très beau livre... Il y a aussi Jim Woodring, un pape de l'underground des années soixante-dix, sélectionné pour le cinquième tome de Franck et le congrès des bêtes. Il fait des récits en noir et blanc et en couleurs, assez psychédéliques. Enfin, Isabelle Pralong, déjà nominée à Angoulème (2007), fait également partie de la sélection officielle avec Oui, mais il ne bat que pour vous, un grand livre que l'Association édite dans sa collection « Éperluette »...
(1) Fermeture du Comptoir des Indépendants (diffusion), menaces sur l'Association ou Les Requins Marteaux
L'Association
A paraître : un livre d'artiste sur le tampographe Vincent Sardon, Au travail d'Olivier Josso, Parfois les ennuis mettent un chapeau de José Parrondo, Charbon de Killoffer (catalogue d'exposition)...
www.lassociation.fr (nouveau site fin janvier)
Festival d'Angoulême
Du 26 au 29 janvier 2012, 39e édition, avec Art Spiegelman, Président du Jury
58 titres en sélection officielle et trois compétitions associées : patrimoine + polar + jeunesse
Plus de 350 auteurs et 260 éditeurs exposants
Rencontres + spectacles + expositions
http://www.bdangouleme.com