Le nouvel album de Spitzer est sorti, et le monde est devenu plus beau. Nous avons donc décidé de rencontrer les Spitzer (seulement Matthieu en fait), pour qu'il nous parle de The Call, leur brillant premier album.
Kiblind : Par rapport à ce que vous faisiez il y a 5 ans, vous avez pas mal changé musicalement. Est-ce quelque chose de conscient ?
Spitzer : Bien sûr qu'on en est conscient. C'est juste un temps d'apprentissage en fait. Nous on vient du rock, avant de faire de l'électro on faisait du rock. L'électro c'est d'abord venu avec Warp, et ça a rapidement dérivé vers les trucs Ed Banger qui mine de rien avait une espèce d'énergie qui nous plaisait vachement. Quand on s'est dit qu'on allait faire de l'électro, on d'abord fait ce maxi qui était très techno et quand est venu le moment de faire un album, on s'est dit "qu'est-ce qu'on va faire ?" On va pas faire une succession de titres techno, ça va nous faire chier en plus on écoute pas de techno. On va pas faire non plus du rock, les gens vont pas comprendre, et puis on est deux, c'est pas possible. L'idée c'était de faire en sorte de bénéficier des acquis techniques qu'on avait emmagasiner pendant 3 ans et de les lier aux instruments auxquels on joue depuis 15 ans. Alors c'est sûr ça ressemble pas à ce qu'on a pu faire au moment de Kylie Minogue et toutes ces conneries, mais ça fait quand même cinq ans.
Les gens disent "vous avez pris du temps", oui, mais c'est normal, on a pris le temps qu'il fallait.
K : C'est toujours un peu bête de dire ça, mais c'est vrai qu'on a l'impresson que vous avez tout simplement mûri...
Spitzer : Ah oui, c'est clair. Avant, il y avait une fougue. Mais c'était quand même...Bon, le Kylie Minogue, je t'avoue, je le réécoute plus du tout. On a réécouté deux-trois morceaux de cette période et qui ne sont jamais sortis, tu sentais qu'il y avait... On n'en avait rien à foutre, en fait. T'es là tu découvres le truc, tu fais les morceaux à fond, sans réflechir, c'est too much à mort mais t'en a rien à foutre ! Après avec InFiné, on a vachement discuté, vachement appris sur le fonctionnement de l'industrie de la musique et tout ça.
K : Vous aviez pourtant commencé très fort, très vite avec ce remix de Kylie Minogue sorti de n'importe où...
Spitzer : Oui c'est clair ! On n'est pas du tout des mecs dans la fame, on sort assez peu, et c'est vrai que quand ce truc là est arrivé, c'est monté d'un coup. C'était un truc de fou, on est parti en Chine, on est parti en Australie, on a fait deux tournées aux États-Unis, t'hallucines complètement ! On a eu plein de propositions de majors américaine, des trucs vraiment hyper gros. On était avec mon frère, on hallucinait complètement ! Il y avait un pote à ce moment là chez nous et je te jure on a reçu cinq ou six touches de grosse majors en une semaine. Avec mon frère, on se disait "mais c'est n'importe quoi... vraiment n'importe quoi". On en discute autour de nous, pareil, tout le monde dit qu'effectivement c'est n'importe quoi.
On a donc laissé passer ce truc là, et de leur côté les majors nous ont laissé passer aussi vite, cela va sans dire. Et rétrospectivement on a bien fait, je crois
K : C'était d'ailleurs assez courageux de refuser ça au début de votre carrière...
Spitzer : Non mais ça fait longtemps qu'on faisait de la musique. Enfin, pas professionnellement, mais ça fait longtemps qu'on a une idée assez précise de ce qu'on veut faire musicalement, l'intégrité qu'on y met, tout ça. Nous les groupes qu'on admire, c'est surtout les groupes qui sont intègres. Même s'il y a des groupes qui sont connus et commerciaux.
K : En même temps tu peux vite perdre la boule à ce jeu-là...
Spitzer : Ouais, mais tu peux vite aussi te dire que si t'es arrivé aussi haut aussi vite en faisant ça, si je fais un truc que j'aime et qui défonce vraiment, tu peux vite tout niquer encore mieux. Ça va être personnel et les gens vont se dire "ah ouais d'accord".
Tu vois, nous, faire un remix pour Kylie Minogue et un remix pour Aufgang, ça nous fait délirer. On a refusé, par exemple, de faire un remix - je devrais pas te le dire mais bon - pour quelqu'un d'assez connu, parce qu'en fait c'était un morceau techno. On nous envoie un morceau techno à remixer techno. Nous on comprend pas tu vois. On lui a dit "le morceau est cool mais nous on peut rien faire ". Si il y avait eu de la voix, ç'aurait été génial tu vois. Mais refaire des morceaux technos juste parce qu'on a sorti un maxi et que lui il sait que, d'une part, on va rien lui coûter et que si on cartonne dans deux ans il pourra en bénéficier, ça nous intéresse pas. Ça m'intéresse plus de faire un remix des Clash, de faire part des références qu'on a, même si c'est moins intéressant pour l'instant pécunièrement.
The Clash - Train in Vain (Spitzer Unofficial remix) > FREE DOWNLOAD by spitzer_sncld
K : C'est ce genre de réflexion qui vous a poussé à refuser la culture de l'EP rapide, tous les deux mois ?
Spitzer : Ouais, c'est ça. Quand on a rencontré Agoria, il nous a dit "je suis intéressé par ce que vous faites, mais pas pour l'instant". Nous on a dit bon bah ok, on va bosser. Et il avait raison. Donc on a commencé par, déjà, changer de logiciel, changer de matos, et quand il nous a dit qu'il nous sentait à peu près prêts, il nous a proposé de faire le remix de Sonar (d'Aufgang, ndlr). On l'a fait, ils (InFiné, ndlr) ont kiffé et ils ont sorti le morceau. Ensuite, il nous ont proposé de faire un maxi et ils ont sorti le maxi (Roller Coaster, ndlr).
Aufgang - Sonar (Spitzer rmx) by spitzer_sncld
Donc après on pouvait sortir des maxis à la chaîne et on sortait un album dans dix ans. Ça nous intéressait pas. Moi je suis toujours étonné de voir des mecs hyper connus te dire "en ce moment, je réflechis à mon album", mais le type ça fait 7 ans qu'il est dans le circuit et il a toujours pas sorti d'album. Nous on a vite dit à InFiné que, par notre culture rock, notre vision de la musique c'était l'album. L'aboutissement pour nous c'est l'album. Et puis, on en avait jamais fait, même avec nos projets d'avant, on avait jamais eu le temps ou les moyens de le faire. Là on s'est dit, on va faire un album, ça prendra le temps que ça prendra, mais on va le faire. Pis eux, ils avaient d'autres trucs dans le four en même temps, donc on n'était pas vraiment une priorité. Le temps qu'ils sortent les Rone, les Agoria, les Clara Moto, nous on a bossé notre truc, on l'a plus ou moins fini. Le temps de faire le tracklisting, la pochette, de réflechir à plein de trucs, ça nous a pris 3-4 mois et voilà, ça sort en septembre.
Spitzer - Roller Coaster by spitzer_sncld
Kiblind : Vous êtes plus dans une culture rock finalement même au niveau de la carrière : l'album est l'objet premier, pas forcément les maxis...
Spitzer : Non mais les maxis, moi je trouve ça cool, c'est très bien. Mais c'est vrai que nous on est pas DJ, tu vois. On a même pas de platines vyniles chez nous, on peut pas écouter nos propres vinyles chez nous, c'est pas un comble ça ? Aujourd'hui tout le monde est DJ, c'est cool, ça permet de diffuser nos morceaux c'est bien. Mais nous quand on nous propose de faire de DJ set on dit non. Comme je te le disais on essaie d'être intègres, c'est pas pour faire des DJ set pourris juste parce qu'on est Spitzer. Si un jour on devient super connus et qu'on nous propose 15 000€ pour jouer 45 minutes, c'est possibles qu'on y réflechisse. Mais si c'est pour se caler à La Plateforme ou à la Fée Verte juste pour faire des DJ set, ça nous intéresse pas.
C'est peut-être un peu prétentieux, mais quitte à être un peu plus rares, on préfère faire les choses bien et prendre notre temps. C'est complètement à contre-courant, parce qu'aujourd'hui ça va très vite, même le label a commencé à nous mettre un peu la pression à un moment. Et quand t'es musicien, ton album tu peux passer dix ans à le fignoler, si personne vient te mettre un coup de pied au cul.
Je pense que pour nous c'est l'inverse : plus il y aura de personnes qui seront dans l'instantané plus les gens rares seront respectés. Au final, tu touches une chappelle mais une chappelle qui, elle, resistera aux modes. Regarde Fugazi, les mecs ça fait combien de temps qu'ils existent plus, et ben tout le monde parle encore de Fugazi alors qu'ils ont jamais vendu un disque. Et ce sera pas le cas de tout le monde aujourd'hui.
Nous, c'est simple, c'est très cliché mais on veut juste faire la musique qu'on kiffe. Mais ça prend du temps. On entend parler de mecs qui font des remixes dans des chambres d'hôtel, c'est bien, mais pour nous c'est juste pas possible.
Kiblind : Au niveau de la construction de l'album - et ça aussi c'est plus rock qu'électro - on n'a pas affaire à une compilation de morceaux, mais à un album qui s'écoute comme un tout. Finalement, vous êtes le groupe rock de l'électro ?
Spitzer : C'est exactement ça ! Par exemple, le deuxième maxi qui va sortir, c'est le morceau rock de l'album (Clunker, ndlr) et tout de suite c'est devenu compliqué. inFiné et rock, ça va pas forcément ensemble. Eux, leur réseau c'est pas celui-là, il faut essayer de voir avec d'autres gens, de s'acoquiner avec des labels genre Born Bad, etc. On nous dit "moi vos trucs techno, je vous fais playlister par Four Tet sans problème, par contre le rock, ça va être plus chaud". En même temps, faudra qu'ils fassent avec.
Kiblind : Pourtant ce titre, qui est rock, s'insère assez bien dans l'album...
Spitzer : Ouai, c'est sûr. À la base, il est fait pour contrebalancer le featuring avec Kid A (Too Hard To Breathe) qui est plus mélancolico-trip-hop. On l'aime bien, mais notre nature musicale est plus agressive habituellement. Là c'était plus dans le trip Björk...
Spitzer - Too hard to Breathe feat. Kid A by spitzer_sncld
Kiblind : Björk que vous citez souvent en référence...
Spitzer : Ah ouai, nous on est des gros fans. On a aucun complexe à revendiquer nos influences. À une époque, Björk, on écoutait à fond.
Kiblind : La question qu'on peut se poser du coup c'est pourquoi vous ne faites pas du rock tout simplement ?
Spitzer : On a eu un groupe de rock à une époque (Larsen, ndlr) et mon frère joue encore dans groupe post-punk hardcore - il est batteur - qui s'appelle Falsh. Bref, on a fait du rock pendant des années avant que le groupe ne splitte. Après on a essayé de monter un groupe avec une chanteuse de jazz, (on a un backgroud classique à la base) mais on s'est rendu compte que le processus de groupe était trop long, avec des problèmes d'ego qui plombaient tout. Du coup, on s'est dit "on est deux, on est frères, on se connait et quel est le meilleur moyen de faire de la musique à deux ?" Sachant que les White Stripes ont déjà pris le truc guitare/batterie, ça passait forcément par les machines. En plus, ça correspondait au moment où on commençait à sortir avec mon pote Pierre-Marie (Oullion, programmateur aux Nuits Sonores, ndlr). On a commencé à découvrir l'électro et on s'est dit que ça avait vraiment une énergie de ouf.
Donc on s'y est mis à deux, on a commencé à faire des trucs electronica, et le reste est arrivé. C'est seulement après qu'on est revenu au rock. Quand on s'est mis en tête de faire l'album, on s'est dit on va affirmer notre côté rock. Mais pas que : il y a quand même des morceaux bien technos.
En tout cas, refaire un groupe de rock c'est pas forcément l'idée non. Par contre travailler en live avec une batterie, une guitare, pourquoi pas. Après le problème, c'est que quand on fait les morceaux on n'a pas envie de se brider en se demandant si les morceaux sont faits pour le live ou pas. On fait ce qu'on a en tête, et parfois il y a des trucs que tu peux juste pas reproduire en live.
Et pis, y a quand même le fait d'être à deux, ça nous arrange bien. On habite ensemble, on a à peine à discuter, dans la connectivité ça va super vite. On s'y plait.
Kiblind : Au-delà du rock, et même de la musique, on a comme l'impression que d'autres genres, d'autres disciplines - cinéma, littérature - planent au-dessusde ce disque. On se trompe ?
Spitzer : Non, non, sûrement, t'as pas tort. Mais c'est pas forcément conscient. À part pour Madigan, le morceau qui sonne à la Morricone, là c'est clair et net. C'est même un hommage : on avait une track qu'on commençait à bosser, j'ai fait ce riff qui sonnait hyper western et Damien m'a dit "t'sais quoi, on va la faire". On l'a fait et on a trouvé ça très bien. C'est même le premier morceau qu'on a fait en tant que morceau d'album, parce qu'on pouvait pas le placer ailleurs.
Par rapport au cinéma, notre père a une collection de DVD hallucinante, un vrai cinéphile. Et c'est vrai qu'on a baigné là-dedans. Mais jamais on s'est dit qu'on allait faire un truc à la Moroder ou la B.O. d'un Cronenberg. On est juste des gros cinéphiles, alors ça nous a influencé à fond c'est sûr.
Kiblind : L'album est d'ailleurs très visuel.
Spitzer : Non mais c'est sûr. On aime bien quand c'est profond, quand il y a beaucoup de basse, quand le design sonore est vraiment stylé, etc. Et du coup, ça fait vite film, parce qu'au cinéma c'est pareil ça se balade. Donc voilà ça doit y être pour beaucoup dans ce côté cinématographique qu'ont les gens de notre musique. Sinon, on se l'est jamais dit consciemment. On se dit, on fait un morceau lent c'est tout.
je crois qu'a priori la musique ça évoque des choses de toute façon, voilà.
Kiblind : En parlant de film, il y a quelque chose qui a bien lancé l'album, c'est le clip de Sergen. À quel point vous en êtes vous occupé ?
Spitzer : Là il faut clairement rendre à Louise Hémon ce qui est à Louise Hémon. Nous on avait l'album et on voulait vraiment travailler avec Louise, parce que c'est une fille qu'on adore. Elle a bossé un peu dans le ciné à Paris, elle a fait deux-trois courts-métrage là-bas, et à l'origine c'est vachement axé sur le corps ce qu'elle fait. Et nous, on est dans un univers extrêmement masculin : nous, le label, notre manager Pierre-Marie, etc. Donc, on s'est dit pour ça, il faut vraiment qu'on fasse appelle à une gonzesse, on voulait vraiment une sensibilité différente. Donc, on lui a envoyé l'album et elle nous a dit qu'elle voulait bosser sur Sergen. Ce qui tombait bien parce que nous aussi c'était le titre qu'on voulait mettre en avant.
Et un jour elle nous a envoyé un mail en nous disant "vous posez pas de questions, vous cliquez sur ce lien, vous enlevez le son et vous mettez Sergen, par dessus". Et c'était des trucs de moutons. On s'est dit qu'elle avait complètement vrillé. On fait ce qu'elle nous dit et là ça marche un truc de ouf ! L'association était évidente.
Ce qui est marrant, c'est que les gens ont commencé à y voir du sens politique, une analogie avec le fait que les gens soient des moutons et tout ces trucs. Pourquoi pas, on y a pas pensé du tout mais pourquoi pas. Si les gens veulent y voir quelque chose d'engagé, ça mange pas de pain, moi je suis pas celui qui va dire que le système va bien et que tout est cool. En revanche, je pense pas que ce soit ce que Louise voulait faire à la base, elle voulait juste quelque chose d'évocateur.
Mais minde de rien j'ai trouvé qu'il y avait quand même un truc, que l'alliance de la musique et des images dégageait vraiment quelque chose. Les moutons à la base, c'est vite chiant, et là ils font presque peur les moutons.
Le côté VHS, c'est voulu aussi. Contrairement au prochain clip qui sera peut-être plus leché, là quitte à faire un buzz un peu moins large, on voulait que ça enclenche quelque chose chez les gens, qu'ils aiment ou qu'ils détestent.
Kiblind : Le titre de l'album dégage lui aussi une certaine puissance : The Call. Vous vouliez vraiment lancer un appel ? C'est conscient ça ?
Spitzer : Oui, oui c'est conscient... enfin, c'est conscient...C'est toutjours pareil : on trouvait que ça sonnait bien pour un premier album, déjà, et puis on trouvait bien ce principe d'aller tous dans le même sens, de tirer les gens vers quelque chose. C'est comme nos morceaux - c'est l'impression qu'on en a nous en tout cas -, ils te happent vers quelque chose. Il y a aussi l'analogie politique que le mec du label trouvait bien. C'est vrai qu'on l'a composé en plein pendant les révolutions arabes et à chaque fois qu'on allumait la télé on voyait ça. Et on est pas coupés de ça. On est pas forcément engagés, tu vois, mais c'est vrai que The Call ça résonnait aussi dans ce cadre là. Et puis, vite fait, il y a un petit hommage à London Calling, pour montrer notre côté rock aussi.
On est tombés d'accord tout de suite aussi. J'avais cette idée qui me trottait dans la tête et quand j'ai osé l'avouer à mon frère, c'est que j'en étais sûr, et il m'a dit "c'est clair". Tu vois, c'est court, ça se retient bien, les gens y mettent un peu le sens qu'ils veulent... Je préfère d'ailleurs laisser les gens y trouver leur compte plutôt que de partir dans des élucubrations. On a trouvé ça cool et ça s'est imposé comme ça.
Il y a aussi un truc un peu ancestral, en corrélation avec la musique, tu vois genre l'appel de la forêt, de la nature, comme si t'étais attiré par un truc. Notre musique grouille un peu de bruits comme ça un peu forestier.
Kiblind : Une image que la pochette ne reflète pas du tout par ailleurs...
Spitzer : Non c'est sûr ! La pochette, ce qu'on voulait évoquer avec Pierre Vanni - qui a réalisé la pochette -, c'est la concrètitude, le côté concret de notre musique, presque que tu peux toucher, la fumée, le truc qu'explose, etc. On voulait pas que ce soit trop rock, mais pas non plus électro et la vérité c'est qu'il avait lui aussi Carte blanche. Par définition, quand on bosse avec des gens c'est qu'on a confiance en eux. Nous on fait la musique, les autres ils font le reste. Pierre Vanni ça fait dix ans qu'on le connait, c'est un ami, je sais qu'on est connecté et quand je lui demande de faire la pochette je sais que ce sera de la tuerie.
Kiblind : En parlant collaboration, vous avez deux featuring sur l'album. Doit-on dire seulement deux ?
Spitzer : Bah je sais pas, il ya beaucoup de gens qui nous ont dit qu'ils auraient peut-être aimé plus de voix, mais je sais pas. Peut-être que sur le deuxième on en mettra plus, je sais pas.
Kiblind : Et du coup, on suppose qu'elles ne se sont pas passés comme pour le clip et la pochette avec des cartes balnches ?
Spitzer : Ouai, là c'est deux cas de figures différents. Le truc avec Kid A, elle nous avait contacté sur Myspace, du temps où Myspace existait, et elle nous avait dit "j'aimerai que vous fassiez une track pour moi, j'ai cette mélodie qui traîne, etc". Nous on a fait cette track - qui n'est pas tout à fait comme celle de l'album - et elle nous a dit qu'elle adorait mais que c'était plus un morceau de nous avec sa voix, qu'un morceau pour elle. Et c'était vrai. Composer pour quelqu'un c'est un peu compliquer, il faut discuter et là on l'avait pas trop fait. Mais là-dessus, InFiné et Pierre-Marie nous on dit qu'il fallait vraiment garder cette track. Du coup on l'a sortie sur le maxi, ce qui était aussi un moyen pour nous de dire qu'on faisait pas que des instrumentaux. Mais bon c'est un morceau qui a été fait à distance.
Et le featuring avec Fab ça vient du fait qu'on voulait vraiment faire une track rock. On parle souvent de notre côté rock et là on voulait vraiment l'assumer à fond. On s'est donc mis à écouter plein de groupes post-punk, surtout les chants. Notre label nous a fait des propositions, mais c'était mecs genre énormes : le chanteur de Ministry, Trent Reznor, etc. On s'est dit c'est juste pas possible, ça va nous prendre un temps pour qu'ils refusent ou qu'ils nous demandent un maximum de thunes. D'un autre côté, on avait fait une soirée Born Bad aux Nuits Sonores et on avait vachement kiffé Cheveu. Là, Pierre-Marie il m'envoie un truc de Frustration et mon frère avait justement un maxi de Frustration. Dam' me fait écouté et on trouve la voix du mec énorme et ça correspondait pile à ce qu'on voulait. On demande à Pierre-Marie de voir avec le manager de Born Bad qui nous dit "ouai pourquoi pas, mais là c'est pas gagné".
Et un jour on reçoit un mail de Fab - chanteur de Frustration -, qui nous dit qu'il est ok pour le faire. Alors, on a appris qu'au début, il voulait pas le faire mais que c'est sa meuf qui est DJ qui lui a dit "mais si renseigne-toi, InFiné ça peut être cool". En fait, il trouvait ça cool que des jeunes fassent appel à lui. Il nous a dit d'écrire les paroles, on l'a fait en anglais dans un mode un peu simpliste sur un mec qui tombe amoureux de sa vieille bagnole. Niquel, le mec était un fou de voiture.
Le mec, il nous a dit "je vais vous expliquer comment on va faire : je répète pas, on va faire une prise où je chante, une prise où j'hurle et une prise où je suis entre les deux". Fab, il a poussé son premier "Ah" et les potars sont montés dans le rouge direct avec l'ingé son qui est devenu fou. Une voix bien burnée. Et ce qui, à la base était refrain est devenu couplet et vice-versa, parce que le mec, il en a juste rien à foutre de ce que tu lui dit. Et c'est normal, c'est un collabe, c'est comme ça que ça marche et on en est très contents.
Kiblind : Tu nous parles de track qui ont été faite il y a un moment, avec des gens différents, comment êtes-vous arrivés à rendre The Call homogène ?
Spitzer : Non mais j'exagère, Sir Chester et Too hard to breathe sont les seuls qui ont été faites avant le Rollercoaster EP, puisqu'elles sont dessus. Les autres ont été faites après.
Spitzer - Sir Chester by spitzer_sncld
Kiblind : Elles ont été faites d'un bloc ?
Spitzer : En fait, notre problème avec Dam', c'est quand on fait des morceaux, on veut à chaque fois qu'ils soient ultime. On est pas là à se dire "il en faut une plus légère, il nous faut une respiration sur l'album". Ça, on l'a appris en discutant avec InFiné, qu'en fait on n'est pas obligés d'être denses tout le temps. Du coup, on a fait plein de plein de tracks et dès qu'on avait un doute on jetait. Ce qui est dommage parce qu'il y a avait peut-être plein de trucs...d'ailleurs y avait plein de trucs qu'on aurait dû garder. Quand on commence une track, on se dit "on va faire un morceau techno, on va faire un morceau rock", histoire d'évoquer plein de trucs différents et d'avoir le plus de pistes possibles. Après ça, on a essayé de rendre ça cohérent, couper les morceaux dans la longueur, les fignoler, etc.
Par exemple, Masbat, on voulait pas la mettre au début, on la trouvait trop composée, trop symphonique, avec des petits trucs un peu partout. Mais en même temps elle était plutôt légère, elle avait pas ce côté sourd, sombre... InFiné l'a exumée et nous a dit "les gars, il faut que vous la bossiez par que cette track elle a vraiment un truc, on peut la placer ici dans l'album, etc." Et effectivement, nous on la voyait comme à part, et en fait elle s'insère très bien dans l'album.
On se serait écouté on aurait fait douze tracks ultimes, hyper puissantes. Alors qu'en fait, il y a des moments où ça nécessite un peu de légéreté. il faut un peu penser au mec qui écoute.
Kiblind : Et la suite ?
Spitzer : Là on va sortir un maxi - bon faut qu'on le fasse déjà - en Novembre normalement accompagné d'un clip. On a plein de dates aussi, que j'ai pas forcément en tête...On était à Berlin, à Lyon, là on va à Paris et surtout, on est aux Trans Musicales, c'est notre grosse grosse date. Et puis on bosse sur plein de trucs en même temps, on doit finir un premier remix, enchaîner sur un deuxième, et on se mettra à bosser sur un deuxième album plus tard quand on sera plus tranquilles.
Kiblind : il faut prendre le temps de profiter de la sortie du premier album...
Spitzer : Voilà, déjà, attendre le retour de tout le monde, voir ce que les gens en pense...Mais là, franchement on est quasiment satisfaits à 100%. C'est impossible d'être pleinement satisfaits, mais là on est vraiment contents parce que nous a pris pas mal de temps. En tout ça nous a pris deux ans de tout faire, et les gens quand on leur dit ça, ils trouvent ça hyper lent. Alors que tous les groupes de rock ils mettent deux ans à faire un album, c'est pas si fou. Mais en techno ll faut avoiner pour faire des charts, avoir de l'actu sur Beatport, sur machin. Nous, on est pas trop dans ce truc là, on a besoin de prendre notre temps, on a besoin de cogiter. Mais là, il faut qu'on envoie.
Kiblind : Vous avez pu le tester en live l'album, ça donne quoi ?
Spitzer : Ça rend pas mal. Bon, il y a des trucs qu'on joue pas. Les morceaux longs on les joue pas, genre Vor, c'est trop long, trop cinématographique. En vrai, on envisage de faire deux lives. Un live genre cinématographique, dans une salle un peu particulière, avec un mec qui fait de la vidéo ou je sais pas quoi. Et un autre live plus péchu pour les clubs et les festivals, parce que mine de rien, c'est là qu'on joue le plus souvent.
Kiblind : Vous envisagez donc de faire un live travaillé comme un projet ?
Spitzer : Alors, on aimerait bien, mais je t'avoue que là, on a pas le temps. Je te jure, c'est vraiment pas à l'ordre du jour. Mais oui, ce sera un truc qui pourrait être cool. On verra plus tard, c'est sans doute la prochaine étape. Peut-être pour le deuxième album, envisager de faire carrément l'album en studio, de jouer les instruments nous-mêmes. Ce qui nous manque, c'est un vrai studio digne de ce nom, parce que là on fait tout chez nous. Ce qu'il nous c'est faudrait deux mois avec plein d'instruments, prendre ton temps, mais là financièrement c'est pas vraiment possible.
Kiblind : Merci beaucoup et à bientôt.

Spitzer - The Call, sorti le 3.09 chez InFiné. Achetez-le ici.
Spitzer seront en concert le 19.10 à La Machine du Moulin Rouge, à Paris.