Illustration Interview Agoria
24 10
ME.010 w/Agoria, Villanova & Kosme
26.10 - 21h30
La Plateforme, Lyon 3e

Interview Agoria

par Maxime Gueugneau

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Alors qu'il s'apprête à jouer à domicile pour la ME.010 à La Plateforme, à Lyon, nous avons rencontré Agoria, taulier de l'électro française et DJ à l'expérience inestimable.



http://edition2011.printemps-bourges.com/images/programme/artistes_photo_rotation/agoria_05_home.jpg



La discussion a démarré par l'évocation du projet CLFT et la réussite de leur première sortie, Carillon de Kaelan, uniquement sur vinyle. Nous évoquons alors le difficile futur du vinyle, de son exploitation et de sa diffusion.


Kiblind : Le problème de la diffusion du vinyle est un problème que tu as rencontré du temps d'InFiné ?

Agoria : Le vinyle, si tu n'en vends pas 700 ou 600, tu peux pas rentabiliser. À part en White Label, 300, 400, ça va.

Après avec tout ce qui est format vinyle, il y a un vrai public, toujours. Si tu sors un Theo Parrish ou un Carl Craig, tu peux en vendre 2 000, 2 5000. Si tu sors le tube de l'année, ça peut aller jusqu'à 3 000. Qui va acheter un vinyle aujourd'hui ? Les DJ's ? Mais déjà ceux qui jouent en vinyle, il y en a très très peu. En plus, il faut qu'ils soient dans une ville où il y a des magasins de disques, ce qui devient très rare. À Paris, il y a plus de magasin de disques, à Lyon, on a Sofa, Dangerhouse, mais c'est pas la même démarche. Le principe d'un DJ c'est de jouer les choses plus ou moins en amont, et si t'habites pas à Berlin ou à Londres, c'est très difficile d'avoir les nouvelles sorties à temps. Et sans ça, tu perds une certaine excitation.


Kiblind : Et toi tu joues plus du tout en vinyle ?

Agoria : Non, mais ce qui ne m'empêche pas d'en acheter. Mais voilà, je les reçois deux-trois semaines après leur sortie. Avant, c'était les promos qu'on recevait en vinyle, maintenant t'as deux ou trois majors tarées qui t'en envoie mais c'est tout.
Après, il y aura toujours des acheteurs, il y aura toujours du vinyle. Mais on peut pas être toujours dans le regret. Personnnellement, j'adore le vinyle, je dois avoir 15 000, 20 000 vinyles, mais il faut savoir évoluer.

Je pense qu'aujourd'hui, le problème du vinyle c'est aussi les moyens mis à disposition par les clubs, les festivals, pour le jouer. Est-ce qu'aujourd'hui on va pouvoir disposer de la technique pour jouer des vinyles sans stress ? Moi, si j'ai arrêté de jouer des vinyles, en dehors du fait que je les reçois un peu tard, c'est surtout parce que c'était techniquement plus possible. Même au Sonar, ça m'est arrivé d'avoir le diamant qui partait en couille. Parce que c'était mal isolé, le son mal réglé,etc. Les scènes électroniques sont faites aujourd'hui pour le son digital, ce qui fait que quand tu t'amènes avec tes vinyles, le disque saute et c'est la misère.


Kiblind : Tu crois pas qu'il y a un retour en grâce du vinyle ?

Agoria : Je crois pas du tout. Il y a toujours des gens qui seront attachés à l'objet, mais il n'y a pas et il n'y aura jamais de retour en grâce du vinyle. On retournera jamais à l'époque où j'ai sorti mon premier disque La Onzième Marche, et j'en ai vendu 25 000. Et ce serait ça, pour moi un retour en grâce. Ce serait si CLFT sort un vinyle demain et en vend 4 000, 5 000 direct. Ça arrivera pas, ça peut plus arriver.

C'est toujours un objet pour lequel on a toujours beaucoup d'affection. D'abord moi je trouve ça beau. Même si ça énerve ma femme, chez moi il y a toujours mon énorme collection, des disques partout, et moi je trouve ça beau. Ça fait comme une bibliothèque. Et puis les miens sont abîmés, maltraités...




Kiblind : C'est ça aussi, c'est le côté fétiche du vinyle...

Agoria : Oui, mais je pense qu'il n'y aura de retour pour autant. Je sais pas quand ça arrivera, mais il y a un jour où la musique s'écoutera uniquement en streaming, c'est sûr. Et ça pourra amener de nouveau usages. Ce qu'il faut se dire c'est : « c'est comme ça aujourd'hui, quel plus ça peut nous apporter ».

Si je pense qu'il y aura toujours la culture de l'objet, pour notre génération en tout cas, j'ai besoin, personnellement, de nouveautés en permanence. Je ne peux pas me complaire à jouer les mêmes disques, les mêmes sets. Il y a des disques, même excellents, que je ne réécouterais plus, je le sais. Par exemple, week-end dernier, j'ai joué X-Press 2, Music Express. Je l'ai rejoué parce qu'il est ressorti en digital, sinon je l'avais complètement oublié. Alors qu'il est extraordinaire.

Voilà, c'est comme ça, un DJ est toujours à l'affût de la nouveauté. On sera toujours contents de retrouver ses vieux disques, d'avoir, en face de nous, cette histoire musicale visible, sensorielle. Mais il faut passer à autre chose.

Pour revenir au sujet, je pense que pour nous les DJ's - les seuls acheteurs de vinyles quasiment - on va forcément en acheter de moins en moins. Pour trois raisons : la rareté des magains de disque, l'impossibilité technique d'en jouer, et ce besoin permanent de nouveautés.

Kiblind : On va revenir au début théorique de l'interview. Tu joues vendredi à Lyon. Est-ce que, en tant que Lyonnais, habitant encore à Lyon, c'est encore quelque chose de spécial pour toi ?

Agoria : La Plateforme, c'est la date rituelle. En gros, je joue deux fois par an à Lyon : une fois pour Nuits Sonores et une fois à La Plateforme. J'aime le fait que les deux soient totalement différentes. D'un côté, t'as Nuits Sonores, où tu joues devant 5 000, 10 000 personnes, et de l'autre un format plus intime où j'avais l'habitude de faire des All Night Long de 6 ou 7h.Pour cette fois-ci, j'avais envie de partager la scène avec Villanova parce que ça me faisait plaisir de pas être seul sur cette date-là.

Sinon, évidemment que c'est particulier pour moi de jouer à Lyon. Ça le sera toujours, parce que tu joues devant tes potes, parfois devant ta famille, ...Si je fais un set de merde, quand je vais acheter ma baguette le lendemain ma boulangère elle va me faire « bah dis-donc, hier c'était pas terrible » ! (rires).

Et, bien sûr, c'est toujours génial parce que j'adore Lyon. Je sais pas si les gens ont conscience de la chance qu'ils ont d'habiter à Lyon. Là, je regarde la programmation depuis septembre et je me dis qu'il y a peu de villes en France qui ont vu passer autant de bons artistes. On a eu Jacques Greene, Rone, Deetron, etc.

Et puis c'est une ville où t'as pas de stress, où t'as pas besoin de mettre une heure pour retrouver un pote, c'est une ville qui est belle, abordable, on y mange bien, etc.


Kiblind : Est-ce que t'as l'impression d'avoir contribué toi, à travers Nuits Sonores notamment, au foisonnement électronique actuel à Lyon ?

Agoria : Je pense que c'est pas à moi de juger de ça. Le fait est que même avant Nuits Sonores, j'ai toujours été activiste. Dans les années 90, on avait créé un collectif où on était 7 ou 8 DJ's qui organisions des soirées, comme les organisateurs qui ont 20 ans aujourd'hui. Dans une musique où les artistes sont le plus souvent solitaires, que ce soit en tournée ou en studio, j'ai toujours trouvé ça bien d'avoir une action collective en créant des associations, en organisant des soirées à plusieurs, en essayant de fédérer du monde.

Et Nuits Sonores est né de ça. Lyon était l'épicentre de la répression des rave parties, c'était impossible d'y organiser quoi que ce soit. Je pense que le préfet à l'époque nous en voulait vraiment. J'invite d'ailleurs les lecteurs à aller regarder les archives (rires). Nuits Sonores, en tout cas, est né de ce malaise.

Pour te répondre, je sais pas si c'est moi, en particulier, qui ait fait de Lyon une ville dynamique. C'est peut-être tout simplement la volonté répressive d'une certaine époque qui est à l'origine de cette dynamique. C'est souvent comme ça d'ailleurs.

Et la vérité c'est que ça a été long. Parce que si Nuits Sonores a dix ans, ça fait finalement que deux, trois ans qu'il y a un foisonnement. Et c'est vrai qu'en deux secondes il y a eu beaucoup de jeunes labels, Dawn Records, Airflex Labs, des organisateurs comme Caramelo, Insomnie, Ed'n'Legs, 5 ou 6 comme ça qui ont fait exploser la nuit lyonnaise. Plus il y a d'événements, plus la scène va s'étoffer, plus on aura d'artistes talentueux. Et j'en suis ravi parce que pour la France, c'est un vrai signe de vitalité que Lyon envoie. Aujourd'hui on a l'Ouest, avec la scène brestoise et les collègues d'Astropolis, on a évidemment Paris, en tant que capitale d'un pays hypercentralisé, et Lyon qui, petit à petit, essaie de faire les choses.


Kiblind : Tu as voulu être disquaire, tu as co-fondé un label, tu as participé à la création de Nuits Sonores, tu es DJ : est-ce que la ligne rouge dans tout ça c'est pas l'envie d'être un passeur ?

Agoria : C'est la passion, en fait. T'as trois types de mecs qui veulent être DJ : ceux qui veulent se taper des meufs, ceux qui veulent faire la teuf, et le troisième c'est ceux qui ont envie de transmettre quelque chose : de l'émotion, une culture, etc. Le DJ est au coeur de cette transmission. Souvent on me demande pourquoi je vais faire des festivals comme Rock en Seine ou Benicassim où je joue entre New Order et David Guetta. Je sais que je prends des risques en faisant ça, en passant derrière Noël Gallagher et ce genre de truc. Mais la techno est la dernière musique qui est encore mal connue, mal-aimée. Il y a beaucoup de codes à passer, beaucoup de chemin à faire pour pouvoir vraiment l'apprécier : une chanson de techno de 15 minutes, t'as 97% des gens qui vont pas l'écouter 3 minutes parce qu'ils vont trouver ça chiant.

C'est pour ça que je vais pas m'arrêter d'être activiste et de jouer dans des festivals comme ça. Parce que j'adore ça. Je flippe un maximum avant d'entrer sur scène mais j'adore ça. Dans des lieux comme le Panorama Bar (à Berlin, ndlr), je sais que je vais m'amuser, pouvoir passer la musique que j'aime, parce que les gens sont là pour ça. Mais quand t'es dans un festival où sur 15 000 personnes t'en as 2 000 qui savent ce que tu fais et 13 000 qu'il faut convaincre, c'est un vrai jeu d'équilibriste. Il faut pouvoir accrocher les 13 000, sans perdre les 2 000 qui savent parfaitement ce que tu fais d'habitude. Et j'aime bien ça, pouvoir passer du Lil Louis, du Julio Bashmore avec quelque chose de plus facile ou de plus récent comme du Gesaffelstein.

Je regrette que notre musique soit trop souvent victime d'autisme. Parfois, on se coupe nous-même du reste du monde. Je me considère comme un puriste, mais il faut faire attention à ne pas devenir autiste. Il faut toujours pouvoir se dire « j'aimerai attirer tel public ». C'est qu'il s'est passé avec Nuits Sonores. Au début, on a commencé, on avait 10 000 spectateurs, et aujourd'hui on est à, je sais pas, 70 000, 80 000. Quand on est totalement passionné et qu'on veut faire quelque chose de fédérateur, sans se mentir non plus, en tirant les gens par le haut, ça fonctionne toujours. Le public est aujourd'hui totalement prêt à aimer la techno.


Kiblind : D'autant plus que c'est le style qui a mieux pris le pas de la dématérialisation de la musique...

Agoria : La musique électronique a toujours été en avance sur les autres courants musicaux, de par sa fabrication, de par les gens qui la fabriquent. La dématérialisation de la musique on l'a vu arriver 3 ou 4 ans avant les autres, notamment avec l'arrivée de Final Scratch et son utilisation  par Richie Hawtin, John Aquaviva,... La musique électronique est une musique innovante dans son essence. Et le côté virtuel, foisonnant, instantané de notre époque lui colle plutôt bien.


Kiblind : On revient sur ce côté « passeur » de musique. Est-ce que c'est ce que vous avez voulu faire avec InFiné qui n'est pas seulement un label de musique électronique, mais embrasse beaucoup de styles différents ?

Agoria : Avec InFiné, on avait pas forcément de leitmotiv au départ. On l'a créé parce qu'on voulait que Francesco Tristano sorte un disque. Mais on s'était pas dit « on va faire un truc très varié ». C'est quelque chose qui est venu comme ça, au fil des rencontres, au fil des sorties, que ce soit avec Rone, Aufgang, Francesco ou le Lyonnais Arandel.

Mon envie avec InFiné, c'était avant tout de susciter des carrières, de pousser les gens à faire de la musique, au-delà d'aider simplement des artistes à sortir des disques.


  Francesco Tristano: Grin (only on LP version of idiosynkrasia) 2010 by francescotristano


  In D#2 (non-LP track) by arandel


Kiblind : Dans ta musique, on retrouve cette notion d'éclectisme avec notamment l'apport d'instruments plus classiques. Pourquoi ce besoin de « vrais » instruments ?

Agoria : C'est simplement le complexe du mec qui n'est pas musicien. Très sincèrement.


Kiblind : Et ce complexe n'arrive qu'au 4e album ?

Agoria : Non, pour le premier album j'avais déjà fait des morceaux avec des musiciens, des chanteurs. Ça m'a toujours excité parce que j'ai le parcours classique avec du solfège pendant des années. Et je pense qu'avec cet album, la boucle est bouclée. Aujourd'hui, j'ai fait cet album et je me sens libéré de ça. Du coup, maintenant, je vais peut-être faire un album complètement bruitiste !

Justement, là, je suis en train de m'acheter des nouvelles machines. C'est un passage obligé pour moi. À chaque album, je m'achète de nouvelles machines, histoire de me remettre en question, de ne pas rester dans la routine.

Pour revenir à ta question, je pense aussi que l'idée de convaincre est importante. Comme pour Nuits Sonores, comme pour InFiné ou pour mes DJ Set, j'ai toujours eu besoin de convaincre un autre public. Convaincre que j'étais capable de faire d'autres morceaux en dehors de la techno. Et, avec du recul, je me dis que c'est ridicule dans le sens où j'aurais très bien pu faire 10 albums de simple techno. Mais ça fait partie de ma construction : toutes ces années où j'ai dû défendre le statut d'artiste électro, dire que nous étions vraiment musiciens.




Kiblind : C'est pour ça aussi que tu invites pas mal d'artistes sur tes albums ?

Agoria : Pour être honnête, c'est parce que j'adore ça. Dans un métier où 80% de ton temps tu es tout seul, c'est très agréable de travailler avec d'autres gens. Souvent quand je fais un album, je fais les morceaux avec d'autres gens à la fin, comme une respiration. Après avoir mes 7-8 morceaux bien électroniques, ça me fait du bien de travailler avec d'autre gens.

C'est vrai que j'ai jamais conçu d'albums sans invités. Parce que ça m'amuse et que c'est quand même plus sympa de partager ça avec d'autre gens.




Kiblind : On a lu aussi que pour que tu crées, il fallait que tu sois ou dans un état dépressif, ou dans un état très joyeux. Est-ce que tu peux nous en dire plus ?

Agoria : Alors, c'est pas exactement ça. Je dis pas qu'on peut pas créer dans un état classique, je dis que les meilleurs morceaux viennent de graves déceptions, de moment de déprimes ou, à l'inverse, de joie, d'excitations, etc. Moi, quand je suis entre les deux, sans réelle influence personnelle, j'y arrive pas.


Kiblind : On interviewait Spitzer et Rone dernièrement, qui nous disait qu'ils ne voulaient pas réfléchir sur leur musique avant de rentrer en studio. Est-ce que c'est ton cas ?

Agoria : Est-ce que je réfléchis avant de faire de la musique ? C'est une bonne question... En fait, je pense que quand on commence à créer quelque chose, on est toujours dans une forme de réflexion. Après, comment on conceptualise la musique ? Je pense que conceptualiser sa musique ça peut aussi aider. Le grand danger pour beaucoup d'artistes, ça peut être de n'avoir aucune direction, de partir un peu dans tous les sens et de mettre 5, 6, 7 ans pour faire un disque.
Après c'est évidemment bien de rentrer au studio, sans stress et sans pression, et je pense que c'est plus ça que voulaient dire Rone et Spitzer.

En réalité, la vraie réponse, c'est qu'il n'y a pas de règle. S'il y avait une règle pour faire de la musique, tout serait plus simple. Il y en a qui ne peuvent pas faire de musique sans deadline aussi. Moi aussi, parfois j'ai besoin de deadline, sinon je traîne, je bois des coups en terrasse (rires). 

Une façon pour moi de me détacher de ça, c'est de toujours laisser mon studio allumé. Je pense que ce qu'il y a de plus important, pour moi, c'est de pouvoir, à n'importe quel moment, accéder à mes instruments. C'est l'air du temps qui compte au final. Il suffit que je regarde un film, lise un livre, pour que je catche une idée. Et là il faut absolument que tout soit prêt.
Pour conclure là-dessus, je pense qu'il ne faut pas forcément se mettre de carcan, et se laisser guider par les accidents qu'on rencontre en cours de route. C'est aussi ça qu'on voulu dire les Spitzer et Rone.


Kiblind : Quelle différence tu fais entre la production et les Dj set ?

Agoria : Ça n'a rien à voir. Quand t'es sur scène, tu joues avec les gens, et eux jouent avec toi. Tu les emmènes quelque part, mais c'est eux, selon leur réceptivité, qui vont te guider là où tu dois aller, dans les heures et les minutes qui vont suivre. C'est ça qui est génial dans les DJ set. Et quand tu joues 6 ou 7h, tu peux jouer avec la frustration, l'excitation, les mettre dans un état bouillonnant et ensuite les délivrer. C'est totalement différent de quand tu joues dans un festival où ton set dure 1h30-2h, et où tu te dois d'être efficace tout de suite, d'être dans l'instantané. Les mecs il faut qu'ils soient dedans tout de suite, qu'il aient le sourire. Parce que notre métier, c'est aussi que tout le monde s'amuse, c'est la base.




Kiblind : Cette relation avec le spectateur est primordiale ?

Agoria : Primordiale, évidemment. Sur disque, c'est totalement différent parce qu'on le fait d'abord pour soi. On fait d'abord les morceaux pour qu'ils nous plaisent à nous. Quand ils nous plaisent, on en est fiers et on a envie de les présenter. C'est pas pareil qu'un DJ Set devant 700 personnes comme vendredi ou 15 000 dans un festival, où là on se doit de faire plaisir aux gens présents. Enfin, c'est comme ça que je vois les choses, je suis peut-être un DJ old school. Mais vu mon côté activiste militant, je ne peux voir les choses que comme ça.

Les retours sont très importants aussi. Qu'ils soient bons ou mauvais, d'ailleurs. Si les gens ont pas compris ce que j'ai fait, je peux être tyrannisé pendant deux jours ou au contraire si on me dit « c'est génial » alors que j'ai fait un set de merde, je me dis « c'est cool, mais bon... ». Mais j'ai vraiment besoin de ça.


Kiblind : Est-ce que tu continueras toute ta vie à faire les deux : produite et faire le DJ ou est-ce que tu penses en arrêter un des deux à un moment ?

Agoria : C'est une vraie question...Si j'ai toujours envie de faire des albums studios, je continuerai, c'est évident. C'est la fréquence qui pose problème, parce que je joue énormément. Entre 3 et 5 fois par semaine, ça fait beaucoup. Enormément de dates, énormément de voyages et à la fin t'es rincé. Surtout que, contrairement au rock, on joue à des horaires peu catholiques. Au Portugal, tu joues de 4 à 7h, en Allemagne tu peux jouer le Dimanche soir jusqu'au lundi matin. C'est à la fois fou et extraordinaire. Le public est fantastique.


Kiblind :  Et tu ne t'arrêteras donc jamais ?

Agoria : Tant que j'adore ça ! Mais il y a deux problèmes : le problème du corps, parce qu'il y a forcément un moment où il te dit « calme-toi » ; et il y a aussi le fait de devoir toujours rester connecté. Si tu vois un mec qui joue une musique vieillissante, pas intéressante, les jeunes générations demanderont autre chose.

J'étais avec Carl Cox le mercredi dernier à Amsterdam. Il vient de fêter ses cinquante ans ! J'ai juste fait la moitié de ce qu'il a fait ! Et il a pas l'air malheureux, il est toujours dans le coup.


Kiblind : Pour finir, question rituelle, quel est ton avenir discographique proche ?

Agoria : J'ai travaillé pas mal sur des remixes ces derniers temps. Des remixes pour le dernier projet de Q-Tip, pour Tricky aussi, qui était présent sur mon premier album (Blossom, 2003),  c'est un remix que je vais bosser avec Everydayz, un artiste lyonnais que j'aime beaucoup, qui a beaucoup de talent (on le sait, ndlr). Je vais aussi bosser des remixes pour Whoodkid et Michael Mayer. Après je vais arrêter les remixes et je vais commencer à bosser sur mon album.





Kiblind : Pas de date prévue, j'imagine ?

Agoria : Bah, si je suis bon il sortira à la fin de l'année, si je suis mauvais il sortira en 2015 (rires) ! C'est trop tôt pour savoir. Et je veux surtout pas me mettre la pression !

Et puis aujourd'hui, les gens ont besoin de sortir en ce moment, je vais avoir pas mal de dates.
J'ai fait un week-end bizarre dernièrement, où j'ai fait Athènes, Berlin et Barcelone. En Grèce, les mecs ils m'ont dit : « on préfère ne pas manger et faire la fête ». En France, on comprend peut-être pas mais, là-bas, les gars ils ont vu leurs salaires divisés par trois, sans qu'ils puissent dire quoi que ce soit.

Et quand j'étais à Barcelone, c'est le week-end où il y a eu 1 000 000 de personnes dans les rues pour réclamer l'indépendance de la Catalogne. 1 000 000 de personnes sur 6 ou 7 000 000 dans toute la Catalogne ! C'est hallucinant. Parce que la Catalogne est le poumon financier de l'Espagne.

Enfin, le dimanche, j'étais à Berlin et là le climat était euphorique. C'était juste fou.
On est idéalement placés pour voir ça, pour voir que les gens ont un besoin incroyable de s'amuser.


Kiblind : Les DJs deviennent experts en géopolitique !

Agoria : J'avais écrit une chronique dans le Huffington Post en disant que Jean-Marc Sylvestre devrait sortir un peu plus dans les after pour avoir le bon baromètre des prochains mois. Et si tu vois le nombre de gens qu'il y avait en after à Berlin, à Barcelone ou à Athènes, tu te rends compte que les gens ont besoin de s'amuser.


http://mercredi.production.free.fr/news/ME010/ME.jpg


Agoria sera présent à La Plateforme, à Lyon, le 26.10 pour la ME.010.

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