Daedelus, acteur majeur du hip-hop indé/abstract hip-hop du début des années 2000, a laissé derrière lui une masse de fans exigeants. C'est pourquoi chacune de ses sorties est scrutée, vertement critiquée, selon l'adage "qui aime bien châtie bien". Son EP gratuit, Looking Ocean, réalisé pour le site Scion/AV, ne manquera pas de provoqué hourras et déception. Nous sommes du côté des hourras.
Daedelus est ce beatmaker que nous avons adoré puis détesté jusqu'à l'indifférence. Ses albums Invention (2002) et The Weather (avec Busdriver et Radioinactive, 2003) avait fait de lui notre phénomène. Nous avions réussi à aimer Of Snowdonia (2004) et même ses aventures naïves sous le nom d'Adventure of Time (Dreams of Water Themes, 2003). Mais ça, c'était avant qu'il ne nous ennuie profondément.
Et puis, le voilà qui revient en forme ces derniers temps, signant un réjouissant split EP sur le très bon label Friends of Friends (Daedelus & Jogger - Friends of Friends vol.1, 2009) ou en devenant membre de la belle famille Brainfeeder (Rghteous Fists of Harmony, 2010), le label de Flying Lotus. C'est que, n'oubliant pas ses envies d'ailleurs voluptueux, Daedelus a quelque peu musclé son jeu et ajouté quelques cordes à son arc en se la jouant plus frivole.
Something Old (Daedelus' Pacifically Juked) by Daedelus
Et Daedelus en 2012, c'est le charme d'antan - beauté, élégance - mais avec une touche de folie électrique. L'ouverture du Looking Ocean EP, Endless Sea est une forme d'hymne à cette nouvelle vision de la musique : quelques habiles touches de clavier que vient exciter un rythme angoissé accouplé à l'hypnose d'un synthé hésitant. Avec Platforming, on descend d'un cran. Ça claque, ça se la joue IDM, mais ça tombe surtout dans l'oubli qu'on réserve aux essais ratés. Le gros problème de cet EP reste sans conteste cette tentative d'electro-hip-hop 80's rehaussé avec Zackey Force Funk, 2 plus 2. Le fun et le crazy ont leur limites, surtout quand c'est Daedelus qui s'y colle, plus spécialiste de la folie douce que du bon délire.
La folie douce, la voilà, elle arrive avec ce morceaux Daedelusien en diable, Looking Ocean, avec le petit prodige du piano jazz, Austin Peralta. Rythmique épileptique qui vire à l'hystérie vs. composition smooth jazz suivant le même parcours = un Daedelus version 2003 qu'on se plait à retrouver.
Les hourras arrivent enfin pour le dernier morceau, Flying Sail, bravoure mélodique à la limite du trap. Beau, tout simplement.

Deadelus - Looking Ocean EP - TÉLÉCHARGEMENT ICI