BuildingBuilding ne s'intéresse pas à l'ornement, à la parure ou à l'embellissement. Avec l'abstraction en ligne de mire et la culture de l'essentiel, « construire », c'est d'abord « déconstruire ».
Derrière l'appellation, la création et le credo : Thomas Raynaud. Ses réalisations ne s'inscrivent pas dans une thématique cloisonnée ni un secteur particulier. Quels que soient la dimension (appartement de 30m2 ou Centre d'Art), le type de programme (privé ou public), ou qu'il s'agisse de paysage ou de réhabilitation, chaque étude répond à une logique interne basée sur des questions fondamentales : « une architecture sans rhétorique apparente », qui propose des « compositions spatiales élémentaires capables de faire émerger des usages fluctuants ». En d'autres termes, une démarche qui fait table rase de l'accessoire et de l'utilitaire, pour ne se consacrer qu'à l'espace et à sa relation expérimentale. Les maîtres mots de cette architecture dépossédée de tout élément superflu sont « simplicité » et « radicalité », au profit d'une plus grande liberté d'usage.
Ancien élève de l'École spéciale d'Architecture de Paris, puis de l'université de Hong Kong, Thomas Raynaud présente pour son diplôme en 2003 un projet sur les territoires hongkongais de transit qui lui vaut le Premier Prix d'Archiprix International (HK/WD2/WWhub). De retour en France, il oeuvre d'abord chez Combarel & Marrec, avant de créer sa propre agence, en 2005. BuildingBuilding est à l'origine conçue comme une structure de travail destinée à concourir aux principales compétitions internationales, affûtée par un goût du challenge que le jeune architecte partage avec une autre agence : Berger&Berger. Les deux équipes ont régulièrement associé leur savoir-faire et ont notamment été récompensées en 2008 au concours « 2G Venise Lagoon Park » avec le projet DRIP FEED, présenté ensuite sous forme d'exposition itinérante à la 11e Biennale d'Architecture de Venise, à la 5e Biennale du Paysage à Barcelone et à la 2e Biennale d'Architecture, d'Art et du Paysage des Îles Canaries. Cette année, il figure parmi les lauréats des Albums des Jeunes Architectes et Paysagistes 2009/2010.
Pour préserver le potentiel usuel d'un lieu, Thomas Raynaud use de formes géométriques simples et de dispositifs architecturaux élémentaires. Exemple : le carré et la grille. En 2009, en réponse à un concours lancé par le Centre Pompidou pour la construction d'un musée mobile, il propose avec Berger&Berger une structure composée de 36 espaces identiques de 6x6m chacun, positionnés sur une grille de 6x6 carrés. Ces « antichambres » peuvent être de hauteurs différentes, abritées par une couverture opaque ou un toit transparent, voire en patio. L'ensemble donne une construction entièrement variable, sans centre, ni hiérarchie, ni périphérie, modulable à l'envi selon les besoins du lieu et les contraintes de l'exposition. « Il s'agit de produire un nouveau paysage muséal. Une structure a-figurative qui devient le lieu de production d'une multiplicité de scénarios, générés par une infinité d'ambiances. Une architecture a-représentative qui ne cherche pas à produire au préalable du signe mais qui pourra de façon ultime en devenir un. »
Si le projet n'a pas été retenu, l'intérêt spéculatif de ce Centre Pompidou Mobile est de poser la grille comme « source de variabilité », indépendamment des programmes et des fonctions. C'est en quelques sortes un manifeste de la posture de BuildingBuilding : un espace abstrait, neutre, dégagé de toute connotation iconographique ; une architecture « indifférente » et hors de toute expression subjective, où tout est possible.
Autre conducteur de potentialité : le blanc. En octobre prochain doit commencer le chantier de Notus Loci, un aménagement du Centre international d'art et paysage du château de Vassivière (Haute Vienne). L'espace d'isolement individuel ou collectif, destiné à la création artistique, est conçu comme un cordon lisse et blanc, dénué de fioriture, « qui parcourt l'enveloppe existante en s'affranchissant de sa structure et sans analogie avec l'identité de l'édifice. » L'atelier vide n'aura en effet aucune parenté avec le style néo-médiéval de la bâtisse, sans aucun ornement que les bords vierges et arrondis de la surface tubulaire. Tout est histoire de contraste : « l'espace blanc de la galerie est celui de la production et la friche néo-médiévale celui de la vie quotidienne. »
Dans la même gamme chromatique, mais d'une tout autre forme : Magic MRoom. Exploitant cette fois-ci la linéarité du cercle, Thomas Raynaud a imaginé une maison individuelle en forme de champignon atomique. Dans un style qui rappellera l'univers aseptisé de THX 1138, un conduit troué d'un escalier grimpant permet d'accéder à l'unique pièce circulaire, sans porte ni fenêtre. Réalité, fiction ou réflexion sur la variation ultime ?
Entre état permanent et anticipation, tout le processus architectural de BuildingBuilding est orienté vers la recherche de l'essentiel. La forme minimum. Là où « l'espace n'est plus qu'une disponibilité d'usages ».
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